Je dédie ma colère à Wi-Fi (2009-2018)

           

    Il avait les plus beaux yeux félins du monde. Il était doux, sympa, un peu bagarreur.

    Certains vous diront: «Bien sûr; on comprend, mais ce n’était qu’un chat…». C’est vrai. Alors que les enfants meurent sous les bombes aux quatre coins du monde, que dans notre belle France libérale qui, depuis deux quinquennats, est en train de détruire ses plus beaux acquis, gagnés aux prix de hautes luttes. Cette France où les gens ont du mal à se soigner correctement, où, bientôt, ils ne pourront plus se rendre au tribunal car ils n’auront pas assez de pognon pour mettre de l’essence dans leur mobylette. Cette France que le président des riches et sa petite bande de sournois réformistes voudraient moderne, détachée des habitudes (des habitudes sociales, des habitudes d’entraide, des habitudes rêvées par nos oncles, nos pères, nos grands-pères résistants – ou non – mais qui en avaient vu de toutes les couleurs, broyés qu’ils étaient déjà par des conditions de travail dégueulasses); oui, ce président des riches voudrait nous faire ingurgiter ces réformes antisociales; mais vous n’y parviendrez pas, cher président amiénois et providentiel, car sachez que les lycéens, les étudiants, les travailleurs, les chômeurs, les blancs, les noirs, des gris, les verts, les bleus, tous ceux qui en ont plein de dos de cette mondialisation économique immonde, de ce capitalisme cynique, et de vos idées modernes et réformistes qui continueront à enrichir les plus riches et appauvrir les plus pauvres (normal, me direz-vous, je savais dès le début que vous étiez le président des riches, c’est pour ça que j’ai pris le risque de ne pas voter pour vous, que j’ai pris le risque de laisser passer le fascisme; oui à cause de vous, j’aurais dû chausser mes Doc Martens coquées et montrer au créneau; eût-ce été bien raisonnable à 62 ans, avec mes vieux muscles et mes cuisses de lapin de garenne?). Sachez tout de même, président providentiel et amiénois, que je ne vous compare pas au fascisme, ce serait banaliser celui-ci et ce serait grave et con. Non, mais vous êtes un ultralibéral qui, au nom de la modernité crétine, d’un réformisme jaune et tiède, cassez tout ce que nos anciens avaient difficilement gagné. Je dirais que c’est presque pire. Au moins, notre adversaire Sarkozy, lui, on le voyait venir; il annonçait la couleur. À droite toute! Vive le capitalisme! Vous, oui, c’est pire; on ne vous a pu vu venir. Comme vos prédécesseurs, le duo de la fausse gauche qui, elle aussi, voulait rompre avec les habitudes sociales; cette fausse gauche qui fut tant aimée par Pierre Gattaz. Oui, tout ça est bien plus important que la mort d’un chat. Oui, mais c’était mon chat. Mon chat Wi-fi qui, tous les matins et les soirs de rentrée du BDM m’entendait gueuler ce que je viens de gueuler plus haut. Wi-Fi, mon gentil chat est mort il y a une semaine. Il avait les plus beaux yeux félins du monde. Il était doux, sympa, un peu bagarreur. Il me regardait gueuler un air de dire: «Contre qui tu gueules, Phil?». Et, quand, abîmé par la nuit, les femmes, la vie de merde, je me mettais à chanter «L’Internationale», j’avais parfois l’impression qu’il allait chanter avec moi. Ce n’était qu’un chat mais c’était le mien. Et je l’aimais. En tapant cette chronique, j’ai le cœur gros. Salut Wi-Fi! Dors bien dans ce jardin que tu as tant aimé et où tu as coursé tant d’autres chats.

    Dimanche 6 mai 2018.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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