Je me souviendrai… Mai gris et seize que

            Je me souviendrai que nous étions le 23 mai 2018, date printanière, mais qu’il faisait gris, que j’avais attendu à 10h30 devant l’entrée des nouveaux locaux du journal, que vers 11 heures, lors de l’accueil, je n’ai pu réprimer mon hostilité et mon mal-être face à ce changement (je déteste les changements; je voudrais que tout re

    La station de bus Faubourg de Hem, la station de bus la plus charmante d’Amiens.

    ste en état, que rien ne bouge: les gens, les choses, les lieux, les amours, les bêtes, les cœurs, les amitiés), que mes consœurs, confrères et collègues m’ont certainement regardé avec compassion («Pauvre marquis!», devaient-ils se dire. «Il est perdu; nous l’avons perdu. Il ne s’en remettra pas»), que la Marquise m’a téléphoné vers 11h20 pour voir si je n’avais pas succombé à un AVC, à un infarctus, ou à un épisode de peste bubonique fulgurant, que vers 11h30, je me suis niqué le genou droit, déjà malmené par l’arthrose, en tentant de régler le code de mon nouveau casier numéro 32, alors que mon camarade de la CGT, Georges Charrières, tentait de me donner un coup de main, que j’ai commencéà ranger vers affaires dans l’armoire numéro 24, que j’ai décidé de mettre les bouts et de retrouver ma voiture stationnée rue Jean-Jaurès, que j’ai avalé, chez moi, un hachis Parmentier de la marque Grand Jury acheté à l’épicerie arabe de l’avenue Louis-Blanc, que vers 14h20, j’ai choisi de revenir vers mon lieu de travail en bus, que j’ai pris celui-ci à la station faubourg de Hem, que je me suis installé sous l’abri en plexiglas Decaux où j’ai salué une dame blonde assise qui m’a à peine répondu, que j’ai calculé intérieurement que je devais descendre à la quatrième station intitulée Saint-Jacques, que j’en suis descendu vers 14h45, que je me suis rappelé que la machine à café de notre immeuble historique et Art déco de la rue de la République, n’avait pas encore été installée dans nos nouveaux espaces flambant neuf du 5 port d’Aval, que je me suis assis à la terrasse du bar-tabac Le Pédro où j’ai bu un excellent café tout en rédigeant la présente chronique que tu es en train de lire, lectrice admirative et comblée. Voilà. Il en est ainsi de minuscules aventures humaines, de ces petits riens qui constituent une vie. (Ces petits riens sont donc déjà beaucoup.) J’ai levé le nez et me suis lavé les yeux dans l’eau grise du ciel. (Merci, Marquise, pour cette image.) Car, oui, il faisait toujours gris. Le genou droit me faisait mal. Je pensais, dans le désordre, à la plaque rendant hommage aux ouvriers du Livre, résistants massacrés par la barbarie allemande, dont les noms sont gravés dans la pierre dans le couloir d’entrée du Courrier picard, rue de la République. J’ai également pensé à Léon-Paul Fargue, à Emmanuel Bove, à Henri Calet, ces grands marcheurs qui eussent apprécié cette grisaille de mai couleur de cendre et de novembre. Je me suis dit qu’une page – de journal – se tournait et qu’une certaine mélancolie, grise comme le temps, allait dorénavant me tenir compagnie, et que je n’en mourrai pas. Enfin, pas tout de suite.

    Dimanche 27 mai 2018.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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