Les Kinks au pays des Coudriers

       

    Patrice Delrue (à droite) et Jean-Louis Crimon.

    Les averses de mars sont agréables; elles sont souvent douces, tièdes. Elles font penser à des ruisseaux qui, lorsqu’on suit leurs cours, finissent par se jeter dans le fleuve printemps. J’aime aussi les éclaircies subreptices qui annoncent, sans en avoir l’air, les douceurs d’une saison meilleure. N’est-ce pas l’espoir qui fait vivre? Je traversais le faubourg de Hem, à bord de mon carrosse Peugeot cabossé, tiré par cinq magnifiques chevaux fiscaux. Mon autoradio diffusait, comme à l’habitude, une chanson des Kinks. Certainement «Plastic Man» ou «King Kong», mes préférées. Les Kinks me hantent. C’est un groupe printanier; ses mélodies sont fraîches et drues. Procol Harum, mon autre groupe favori, est une formation hiémale. Elle me rappelle cet hiver des seventies, à Tergnier, au cours duquel j’avais découvert l’album Broken Barricades grâce à mon regretté et défunt copain Gérard Lopez, dit Dadack. Ce disque m’avait envoûté. J’avais tenté de convertir ma petite amie d’alors et premier amour, Régine, que je surnomme Delphine dans mon roman Les Matins translucides, fan des Beatles. Je n’y parvins qu’à moitié; je ne l’en aimais que plus. (J’ai toujours adoré les femmes de caractère.) Groupe d’hiver Procol Harum? Pas tout à fait, au fond. Leur tube historique, le succulent «A Whiter Shade of Pale», inspiré par Bach, me permit un peu plus tard d’enlacer, puis de séduire tant de petites Ternoises, au cours de slow voluptueux dans les boums de Quessy-Cité; l’évocation du nom de cette chanson me rappelle, au fond, la chaleur de l’été. L’air était chargé des parfums des déodorants Avon de mes jeunes conquêtes, parfums qui se mêlaient aux odeurs du ballast des voies de chemin de fer, toutes proches. C’est si loin tout ça… Les Kinks donc. Tout en tapant cette chronique, j’écoute «Plastic Man» sur mon ordinateur. Je suis aux anges. Coïncidence certainement: j’étais tout aussi heureux, il y a peu, au café le Kimbo où, en compagnie de la Marquise, j’avais rendez-vous avec Patrice Delrue et Jean-Louis Crimon, collaborateurs à la très belle revue Histoire et traditions du Pays des Coudriers; ils venaient notamment me présenter le dernier numéro du magazine. Patrice me fit cadeau d’un collector: le premier numéro de la publication fondée par l’excellent Christian Manable. Un véritable dépaysement culturel avec des articles de qualité sur les blasons populaires, sur les Protestants de Contay, sur le peintre Alain Mongrenier. Patrice n’est pas seulement un féru d’histoire; c’est aussi un fou de rock’n’roll. Au cours de la dernière Fête de la musique, devant le Bar du Midi, alors que son groupe et lui – en tant que batteur; Emmanuel Domont officiait au chant et à la guitare – étaient en train d’interpréter «Sunny Afternoon», des Kinks, je ne pus résister au plaisir de bondir au micro et de m’adonner à quelques chœurs. Je fermais les yeux. Emmanuel était Ray Davies; j’étais Dave Davies. Je l’ai toujours dit: le rock’n’roll est un sport très fraternel.

    Dimanche 11 mars 2018.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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