La grue pénètre la Somme qui saigne d’une eau rousse

     

    François Long, à la machine à café du Courrier picard; il vient de regarder la grue.
    Zic Zazou aujourd’hui; François a sévi au sein de ce groupe il y a fort longtemps.

    Ce matin-là, j’avais rendez-vous au journal avec François Long, bassiste des Rabeats, ami de longue date; il venait à la fois me parler de son nouveau projet musical et de son ressenti sur le fait d’avoir été sélectionné par Philippe Tassart pour se produire sur l’immense scène du festival Rétro C Trop, ce dans le cadre du tremplin Heroes. Je lui proposais de monter au septième étage afin de prendre un café à la machine dévolue à cet effet; de là, me dis-je, la vue plongeante sur la Somme est splendide et, ainsi, tout en posant mes questions à François, j’eusse pu contempler l’immense grue qui, depuis, plusieurs semaines, perfore le lit du fleuve afin d’y passer d’imposantes canalisations. Les féministes à pattes griffues peuvent aller se rhabiller. Au journal, il n’y a que les mecs qui sont fascinés par la grue(enfant, à Tergnier, je jouais à la guerre, aux soldats, aux voitures); les filles, elles, s’en fichent comme de l’an quarante de la grue. Moi, je suis ravi quand ma petite belle-fille habille en rose ma petite-fille adorée et qu’elle lui met un nœud dans les cheveux; je trouve ça mignon. François, donc, ça n’a pas manqué, a maté la grue. Puis, on s’est mis à parler. De lui (né en 1962, à Amiens, enfance amiénoise, «Je n’ai jamais quitté Amiens; ça fait 57 ans que ça dure!»; un grand frère mélomane et musicien qui, alors qu’il n’a que 8 ans, lui fait découvrir les Beatles, Yes et Led Zeppelin; devient guitariste; fonde son premier groupe punk rock – Insecticide – en 1978 en compagnie de l’éminent batteur Bruno Wlodarczyk; puis devient guitariste de Zic Zazou en 1985 avant de devenir l’historique bassiste des Rabeats en 1999 tout en travaillant pendant 25 ans à la Sécurité sociale qu’il quitte en 2005 pour se consacrer au célèbre tribute de Fab Four). Je crois lectrice adorée, vénérée, désirée, sous peu comblée, que je viens d’écrire là la parenthèse la plus longue de toute l’histoire de l’écriture journalistique. Alors que la grue continuait de forer le lit de la Somme qui ne lui avait pourtant rien fait et que celle-ci saignait d’une eau rousse, argileuse et souillée, François me parla de ses projets: «Nous ne jouerons que des compositions personnelles en anglais», annonce-t-il. Line up du gang? François, basse, chant, samples; Pierre Scalabre, guitare et chœurs; Kevin Fleury, guitare (très bluesy); Philippe Leteissier, batterie. Style? Paul Weller, David Bowie, Beatles et, bien sûr, une pincée de Yes et de King Crimson, «car je suis un fada du rock progressif». Pour l’instant, une heure trois quarts de spectacles, soit une vingtaine de morceaux. Concerts? Le dimanche 30 juin, à Tilloloy, au Rétro C Trop; le 5 octobre, à L’Adresse, rue des Jacobins, le 11 octobre, au Capuccino, à Amiens; le 12 octobre, à la Maison éclusière de Lamotte-Brebière. Contacts? françois.long.deep@gmail.com. J’eusse pu en rester là. Mais non, j’ai pris un malin plaisir à souvenir du premier concert des Rabeats qu’il me fut donné de voir. C’était au bar le Saint-Pierre, à Abbeville, en 2002. Ce soir-là, je fis la connaissance de ma petite Léo, l’un des amours de ma vie. Deux plus tard, ma jeune hirondelle s’envola. Tristesse infinie. J’eusse mieux fait de continuer à regarder la grue: mon café commençait à prendre un goût amer.

    Dimanche 23 juin 2019.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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