La petite douceur du dimanche soir

    Folio réédite le récit que Jérôme Garcin a consacré, en 2015, au Masque et la Plume. Une petite merveille .

    Pour de nombreuses personnes, Le Masque et la Plume demeure le réconfortant cadeau du dimanche soir. En 2015, la célèbre émission littéraire, cinématographique et théâtrale de France Inter, fêtait ses soixante ans.

    Photo : Francesca Montovani.
    Jérôme Garcin, animateur du Masque et la Plume, célèbre émission littéraire, cinématographique et théâtrale de France Inter.

    Ce n’est pas rien. Jérôme Garcin, son animateur, nous donnait à lire, le 28 octobre de la même année, d’un livre succulent. Folio le réédite pour notre plus grand bonheur. Il y raconte, bien sûr, l’histoire de l’hebdomadaire rendez-vous; il émaille le récit de portraits tantôt émouvants, tantôt hilarants, toujours justes, sincères, tendres, sans afféterie. Sans concession.

    Sous la forme d’un abécédaire, arrivent sur scène François-Régis Bastide «qui rêvait d’être le ministre de la Culture de François Mitterrand (…) héritier de Saint-Simon et de Gobineau», musicien «qui eût voulu être l’égal de Ravel»; l’alter ego de ce dernier, Jean-Louis Bory, «cet homme qui s’aimait si peu ne mesurait pas combien il était aimé et ne pouvait imaginer qu’il le serait encore davantage après sa mort volontaire», résistant dans le maquis d’Orléans; Georges Charensol («un profil de viguier, le sourcil broussailleux, la nuque raide, un front large et lisse comme le jusant»), Michel Ciment, Michel Polac, Pierre Bouteiller, Arnaud Viviant, Michel Crépu, Jean-Louis Ezine, l’excellent Éric Neuhoff, etc.

    «Pour l’adolescent que j’étais, l’émotion fut à la mesure de l’énigme. Je venais de découvrir un spectacle radiophonique, rythmé par une sorte de piano-bar, dont les acteurs étaient des chroniqueurs, les tirades improvisées et les éclats, explosifs», confie Jérôme Garcin.

    Guillaume de Fonclare se multiplie

    Des chroniqueurs-comédiens? On ne peut mieux dire. «Les pas de deux qu’il y exécuta avec Jean-Louis Bory sont entrés dans la légende», confie Garcin à propos de Charensol.

    Un Charensol qui enfilait l’habit du critique réactionnaire; Bory, celui du critique de gauche. Ils s’engueulaient, se traitaient de noms d’oiseaux. Et, le rideau retombé, ils s’adoraient, se respectaient.

    Au milieu des années 2000, François Morel, aussi normand que Jérôme, appela ce dernier pour lui proposer d’adapter pour la scène les échanges des deux frères-ennemis, ce grâce aux archives du Masque. Ainsi naquit Instants critiques, un spectacle criant de vérité avec «le rigoureux Charensol en gilet et cravate [et], le débonnaire Bory en col roulé et veste de daim».

    Remarquablement écrit, pudique et sensible, ce récit contient aussi un portrait du très picard Guillaume de Fonclare, fan du Masque, qui, longtemps, joua le rôle de l’épistolier masqué, envoyant lettres et mails goûteux à Garcin, sous divers pseudonymes.

    Et puis, un jour, à la faveur d’une opération dédicaces à la librairie Martelle, à Amiens, l’animateur masqué et plumé vit arriver devant lui «un homme timide de trente-cinq ans, haut de deux mètres» qui lui avoua: «Je suis Guillaume de Fonclare. Mais je suis aussi Sullian de Crouzet, Jean Cagny, sœur Marie-Caroline, Ernest Boves, Gérard Bacouël, Huguette Salouel, etc.» Les deux, on s’en doute, restèrent en relation et en connivence. La narration de cette rencontre est un régal de haute littérature. À l’image de ce Nos dimanches soir.PHILIPPE LACOCHE

    Nos dimanches soir, Jérôme Garcin; Folio; 239 p.; 7,70 €.

     

    «Je venais de découvrir un spectacle radiophonique,

    rythmé par une sorte

    de piano-bar, dont

    les acteurs étaient

    des chroniqueurs,

    les tirades improvisées

    et les éclats, explosifs»

    Jérôme Garcin

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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