La tendre férocité de Bernard Leconte

                          

        Trois nouvelles de haute tenue: humour, tendresse et réalisme impitoyable.

     

    Bernard Leconte, romancier, nouvelliste, essayiste, et co-animateur à Radio chrétienne francophone, à Lille. Photo : Philippe Lacoche.

    Bernard Leconte a plusieurs cordes à son arc: brillant et très drôle co-animateur de l’émission littéraire La Baraque à livres, de Radio chrétienne francophone à Lille, en compagnie de son bon camarade, l’écrivain et universitaire Michel Bouvier, il est également essayiste et romancier. Avec Trois durs à cuire, titre savoureux, il fait montre de son talent de nouvelliste. Ça vaut le détour.

    «L’histoire, sur fond de deuxième guerre mondiale, d’Occupation et de Collaboration,

    vaut son pesant de beurre de marché noir.»

    Le recueil comprend trois nouvelles: «Un député», «Un père» et «Une jeune femme». Dans la première, il dresse le portrait d’un député «qui s’obstine à être scrupuleux dans un milieu où le scrupule n’abonde pas», comme l’indique l’éditeur en quatrième de couverture. Montcel n’a rien d’un séducteur et encore moins d’un sex-symbol: poussif, haletant, moustache mal taillée, il se révèle cependant toujours bienveillant, «toujours du genre à vouloir laver les pieds des pauvres» et «détenteur de gros coins de naïveté». «(…) mais il n’était pas niais», précise aussitôt l’auteur. Pour tout dire, Montcel est l’archétype même de l’homme politique français dans toute sa splendeur, faite de grandeur altruiste et de faiblesses émouvantes; Bernard Leconte, en la matière, nous donne à lire une page 12 digne de Maupassant ou de Marcel Aymé: «En 80, il est troisième adjoint. En 83, le maire meurt subitement. Le premier adjoint et le second se disputent la succession de manière très laide; en trois jours, ils se déconsidèrent l’un l’autre; le conseil municipal unanime, sauf les deux chiffonniers susmentionnés, bombarde Montcel candidat à la mairie; il est élu.»

    Au cours de la deuxième nouvelle, le narrateur part sur les traces de son grand-oncle Lucien dont, étrangement, on lui a presque caché l’existence. Mais qu’a-t-il fait au juste, ce sacré Lucien? L’histoire, sur fond de deuxième guerre mondiale, d’Occupation et de Collaboration, vaut son pesant de beurre de marché noir.

    Quant à la troisième et dernière, c’est la plus marxiste de toutes (nous n’avons pas dit «communiste», mais bien marxiste au sens philosophique du terme) au sens où, cinglante, elle exprime magnifiquement la lutte des classes et, par sa chute, développe avec panache la vengeance de l’opprimé sur la société dominante qui le moque et le méprise. Du grand art. Bernard Leconte, d’un bout à l’autre nous réjouit. Non seulement, il écrit avec la vigueur et la vivacité d’un hussard, mais il «tient» magnifiquement ses personnages. Très réussi.

    PHILIPPE LACOCHE

    Trois durs à cuire, Bernard Leconte; L’Harmattan; coll. Les Impliqués; 187 p.; 18,50€.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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