L’automne me tue

       

    Fred Alpi (à gauche), en compagnie de Claude Guillery. Photo : Philippe Lacoche.
    Fred Alpi égrène quelques chansons françaises. Photo : Philippe Lacoche.

      Malgré une fatigue poisseuse, certainement due à l’automne, je me suis rendu d’un pas lent, traînard, aussi lourd que celui de Maigret, à la librairie du Labyrinthe. Fred Alpi y dédicaçait son dernier récit, Cinq ans de métro (éd. Libertalia). Il y avait du monde; on se poussait du coude entre les piles de livres. Fred égrena des chansons du répertoire français et, si mes vieilles oreilles sont bonnes, certaines de ses compositions. Claude Guillery, figure locale de l’underground rock’n’roll amiénois, se fit signer son livre non sans émotion. Il a connu le Fred sur les bancs de l’école primaire.

    Les Papillons noirs en compagnie de Lou-Mary. Photo : Philippe Lacoche.

    Toujours aussi fatigué, je poussais jusqu’au bistrot Saint-Germain où les Papillons noirs donnaient un concert. Sur le chemin, j’entendais le bruit métallique de mes deux harmonicas Marine Band (l’un en do; l’autre en la) qui s’entrechoquaient dans la poche de mon pardessus. En effet, les Papillons avaient eu la gentillesse de m’inviter à souffler, le temps de certains morceaux, dans mon «petit instrument», comme le soulignait, il y a fort longtemps, une jolie dame mûre et brune qui, l’été revenu, égayait ses ongles de pieds d’un vernis rutilant; cela avait pour effet de m’exciter très fort. (Tu sais ce qu’il faut faire pour me séduire, lectrice adulée, convoitée, soumise, presque attrapée.) Je soufflais donc dans mon petit instrument à la faveur de «Où va-t-elle?», un brûlot du rock français des sixties signé Ronnie Bird, et sur «La Fille du Père Noël», œuvre de Jacques Lanzmann et Jacques Dutronc. Et fit des chœurs épars sur d’autres titres. Je saluais de loin – il y avait, une fois de plus, un monde fou; il y a trop de monde partout; il y a trop de monde sur terre – ma petite Lou-Mary (qui boeufa avec les Papillons) et Christian, son compagnon, et m’enfuis dans la nuit glaciale et cruelle.

    Alain Paucard (à gauche) trinque avec Hervé Zerrouk alors qu’un client remonte l’élastique, certainement distendu, de son slip. Photo : Philippe Lacoche.

    Quelques jours plus tard, je me rendis à Paris où mon ami Alain Paucard devait m’interviewer sur les ondes de Radio Courtoisie. Le midi, je descendis de ma chambre de bonne (sans bonne -s-, malheureusement; je me serais bien adonné à des amours ancillaires) pour aller manger un lapin chasseur à la brasserie Le Métro, 203, boulevard Voltaire. J’avais l’impression de déjeuner dans un roman de Simenon. La France à l’ancienne, la France comme je l’aime; la France de Raymond Poulidor; la France qui va à la messe et qui vote rouge; la France de mes chers Gilets jaunes; la France qui se fiche de la modernité, qui conspue la haute finance et Macron, son affidé. Le soir, tard, après l’émission de radio, nous allâmes dîner dans un restaurant de la porte de Saint-Cloud, en compagnie d’Hervé Zerrouk, auteur-compositeur, fou de littérature et de rock’n’roll, ancien guitariste-chanteur du groupe mythique Les Desaxés. Le colombard sec était de qualité; pourtant, je n’en abusais point. Pas envie. Je ne me reconnais plus. Poète et toujours optimiste, je me disais en regagnant ma chambre de bonne – sans bonnes – que la fin n’était pas loin.

    Dimanche 17 novembre 2019.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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