Le divorce, celle banale horreur

    Olivier Frébourg, aujourd’hui éditeur, a fondé les éditions des Equateurs, en 2003.

    Olivier Frébourg dresse le portrait d’un homme broyé par un divorce. Poignant.

    Il existe des livres poignants dont on ne sort pas indemne. Où vont les fils? d’Olivier Frébourg, est de ceux-là. Nombreux seront les hommes brisés, fracassés, en morceaux, cassés à jamais, qui s’y reconnaîtront. En effet, il aborde un sujet grave, terriblement grave, bien que tout autant banalisé de nos jours: le divorce. Contrairement aux romans dits sociétaux de la dernière rentrée littéraire, le «je» de ce roman (roman ou récit?) n’est pas une femme violée, harcelée, battue, un transgenre agressé, mais un homme, oui, vous avez bien lu, un homme qui ploie après un divorce. En ces époques de pensée unique, il fallait oser.

    «Il y a aussi de la France d’avant dans ce texte.

    Ça devient rare.»

    «J’étais un homme plaqué par sa femme. Nos parents disaient «épouse».Mon père présentait ma mère comme son «épouse». Je l’entendais dire au téléphone «Présentez mes hommages à votre époque».Les téléphones de nos parents: le noir en bakélite, le gris en plastique, le bleu marine à touches dont la forme était contemporaine de la Simca Bagherra, le marron avec répondeur intégré.» Il y a aussi de la France d’avant dans ce texte. Ça devient rare; ça fait du bien. Exemple: cette scène normande. «Nous étions nés vingt ans après le Débarquement. Le sang sur les plages avait à peine séché. Lors des déjeuners de famille, le dimanche, les mots «boche», «fritz», «fridolin» fusaient entre le gigot et la charlotte aux framboises.» Il est aussi question du naufrage d’un paquebot qui fait écho au naufrage d’un couple. Celui du narrateur. Et c’est terrible. «Nous étions au mois de septembre. Un an plus tôt, le jour de mon anniversaire, j’avais reçu une lettre d’avocat me demandant le divorce «pour les raisons que vous savez».Non, je ne savais pas les raisons puisqu’elle était partie, sans préavis, d’un coup, à la fin de l’été.» Les raisons, le lecteur non plus ne les connaîtra pas. L’important est tout autre. L’important, il est dans les yeux des fils du narrateur, du divorcé. La scène se déroule dans un centre culturel de périphérie, un dimanche après-midi déprimant. Le père conduit son fils cadet de neuf ans à son cours de guitare. «Le professeur de musique de mon fils (il a été lui-même le guitariste de Louis Bertignac) joue les premiers accords de guitare et saute avant l’attaque de la batterie les deux pieds joints sur scène comme le font tous les rockeurs. Je ressens une sensation de perte accentuée par la vision de mon fils qui sans doute aurait rêvé d’un autre monde et dont la tristesse presque sage me met les larmes aux yeux.» Le narrateur s’en rend bien compte: à cause du divorce ses enfants ont perdu leur innocence. «(…)un divorce c’est sept deuils en, même temps. Deuil d’un amour, deuil de la confiance, deuil de l’amour-propre, deuil d’une vie de famille, deuil des enfants, deuil du présent, deuil de l’avenir.» Que dire d’autre? Ce roman est poignant. Tout y sonne juste. Un grand livre.

    PHILIPPE LACOCHE

    Où vont les fils ?, Olivier Frébourg ; Mercure de France ; 155 p. ; 15,50 €.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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