Le roman d’un déserteur

    Stéphane Hoffmann nous régal

    Stéphane Hoffmann, écrivain
    Paris, 14 juin 2016
    ©Frédéric STUCIN
    Stéphane Hoffmann, écrivain
    Paris, 14 juin 2016
    ©Frédéric STUCIN

    e en dépeignant une tribu joyeuse, tendre et pathétique.

    À Philippe Lacoche, hussard en chef, Les belles ambitieuses, voici le roman d’un déserteur.» Ça, c’est de la dédicace! Pas étonnant de la part de Stéphane Hoffmann, plume précise, à la fois ronde et piquante. Belle, toujours. Et sincère et juste. Car, mine de rien, le terme «déserteur» de la dédicace est parfaitement choisi.

    Le personnage principal, Amblard Blamont-Chauvry, énarque et polytechnicien, pourrait embrasser une magnifique carrière professionnelle.

    Non: il refuse. Il déserte le front de l’argent et du pouvoir pour s’adonner à l’oisiveté la plus totale et aux plaisirs. Il y a pire comme choix. Surtout quand on peut.

    On y parle le gaullisme pur et dur

    Il faut dire qu’il est bien entouré. De Coquelicot, d’abord. Elle est sensuelle et douce; il la rencontre au cours d’une réception mondaine et militaire alors qu’il effectue son service au 76e RI basé à Vincennes.

    Cela se passe à une époque assez lointaine au cours de laquelle le cabinet Chaban-Delmas est menacé. On y parle aussi le gaullisme pur et dur, façon Marie-France Garaud et Pierre Juillet.

    Amblard-le-Jouisseur a pu obtenir cette planque grâce à sa marraine, la comtesse de Florensac.

    Le narrateur s’en explique en des termes délicieux: «Marraine travaille à l’ancienne, c’est-à-dire qu’elle couche, qu’on le lui pardonne. Elle a ceci en commun avec les journalistes politiques: elle aime les ministres. Attention!: les ministres en exercice. Qui sort du gouvernement sort aussitôt de son lit: Marraine a un rang à tenir.» Autour de lui encore: Isabelle Surgères, une femme politique aux dents à rayer le parquet, adepte de la sociale démocratie molle, bobo, carriériste et indéfendable.

    Amblard la renvoie dans les cordes: «Les politiques d’aujourd’hui sont comme des animaux fantasques émettant des barrissements seulement audibles de leurs congénères, et tellement incompréhensibles aux autres qu’il faut les décrypter. Disons plus simplement que tout ce qui vous passionne m’assomme. Et lorsque je dis «vous», c’est vous tous. Toute votre bande de raseurs et d’impuissants.»

    Amblard parle l’anarchiste de droite couramment. Il a l’accent des Blondin, Bloy, Audiard et Nabe. Du lourd.

    Toutes ces femmes sont «les belles ambitieuses». Stéphane Hoffmann nous promène de Paris à Versailles, en passant par Condé-sur-Vesgre (Yvelines).

    Il nous propose un roman succulent, parfois dérangeant, et d’une justesse imparable. Tout sonne ici, sans qu’il en fasse des caisses. Jamais il ne tente de la ramener littéraire. En revanche, il n’a pas son pareil pour faire surgir, au coin d’une phrase, un éclat de poésie sans afféterie. Il est en lice pour le Renaudot. Croisons les doigts; il le mérite.

    • PHILIPPE LACOCHE
    • Les belles ambitieuses, Stéphane Hoffmann; Albin Michel; 265 p.; 19,50 €.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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