Les coups de coeur du marquis…

    Murielle au coeur de l’Homme

    Murielle Compère-Demarcy poursuit son travail de poète avec constance et talent, poème après prose, recueil après recueil. Aujourd’hui, elle nous donne à lire L’Oiseau invisible du Temps, joli titre qui lui a été soufflé par son ami Jacques Darras qu’elle cite en exergue (elle est en sa compagnie sur notre photographie). Murielle expose (oui, expose, comme un peintre eût pu le faire car, parfois, les mots sont des couleurs et les verbes les contours des dessins) une poésie qui doit autant à celle des grands de la Beat Generation (on pense à Brautigan ) qu’aux poètes du début du siècle précédent (ses proses ne sont pas sans rappeler, par leur ton, leur audace, leurs accents, celles de Blaise Cendrars). Comme Pierre Garnier, comme Jacques Darras, la nature, bien sûr l’intéresse. Mais c’est le monde entier, c’est-à-dire le cœur de l’Homme, qui l’interpelle. C’est beau, souvent très beau, parfois magnifiquement beau. Toujours juste. «La buse miaule/ le chevreuil aboie/ mon petit chat crève/ Je feule, je crache, je meurs/ de mon petit chat mort/ Comme une Bête.» Ça sonne comme un tambour de larmes. Ph.L.

    L’Oiseau invisible du Temps, Murielle Compère-Demarcy; éd. Henry; 110 p.; 8 €.

     

    Trois décennies en une année

    «Il y a ce dont le journaliste rend compte et tout ce qu’il retient. Il conserve l’utile pour le journal quotidien et en mêle une partie au futile, qui l’a marqué plus profondément, pour aliment son journal imaginaire.» Ainsi s’exprime Hervé de Chalendar (notre photo), journaliste et écrivain, dans son Journal imaginaire, un recueil de savoureux courts récits. Savoureux, oui, car l’homme écrit bref, précis et toujours avec élégance. «Ce journal est un kaléidoscope de choses vues et entendues, souvent dans le cadre du métier de journaliste», confie-t-il. «Dans cette année, il y a trois décennies.» Parfois c’est carrément poignant quand le reporter se retrouve sur les lieux de la catastrophe aérienne du mont Sainte-Odile. Mais il y aussi les petits faits quotidiens du journaliste localier qui eussent pu se dérouler dans les locaux de l’agence du Courrier picard, à Abbeville, où Hervé de Chalendar fit ses premiers pas. Un livre de journaliste mais superbement littéraire. Ph.L.

    Le journal imaginaire, Hervé de Chalendar; éd. Les Crozes (www.facebook.com/ EditionsLesCrozes; 398 p.; 13 €.

     

    Photographies sur coussinets

    «Ses photos de chats sont saisissantes. Sous son regard et son objectif, ces félins appartiennent à la famille des chats d’Edgar Poe, de Baudelaire, aux chats magiques, mystérieux, habités de pouvoirs occultes, dans une communion presque mystique avec la nature, avec le monde», écrit l’excellent Frédéric Vitoux en quatrième de couverture du bel ouvrage de Mélani Le Bris. C’est vrai qu’on se régale en contemplant les photographies de félins surpris dans leur parcours de vie. Ils bâillent, s’étirent, rêvent, se dorent au soleil, sont à l’affût. Tout est beau dans le chat. Mélani Le Bris les surprend avec grâce et poésie; il en va de même pour les textes d’Ananda Devi, d’Hubert Haddad et de Carole Martinez. Un livre subtil sur coussinets. Ph.L.

    Dans l’œil du chat, Mélani Le Bris, avec des textes d’Ananda Devi, d’Hubert Haddad et de Carole Martinez; Zulma; 141 p.; 22 €.

     

    Le plus stendhalien des Giono

    Il y a, c’est indéniable, une fièvre et une urgence stendhalienne dans le beau roman de Giono qu’est Le hussard sur le toit. L’expression est banale mais, ici, elle fait sens: on est pris par cette histoire d’épidémie de choléra qui dévaste la Provence en 1830. Les habitants crèvent comme des mouches, éclatent dans des odeurs putrides. Angelo Pardi, jeune colonel des hussards de passage en France, n’a pas peur de grand-chose. Il vient en aide aux victimes avec une insigne bravoure. Mais bientôt, on le soupçonne – à tort – d’empoisonner l’eau des fontaines. Il doit se cacher sur les toits afin d’éviter le lynchage des foules endolories et abruties par la maladie. Loïc Corbery nous donne à écouter une lecture impeccable, vivante et vibrante d’émotion. (On s’agace tout de même un peu à la fin lorsqu’il accentue trop l’accent méridional du vieux sage.) Savoureux. PHILIPPE LACOCHE

    Le hussard sur le toit, Jean Giono. Lu par Loïc Corbery; Gallimard — écoutez lire. 14 €

    Hervé de Chalendar, écrivain, journaliste, et Angèle Lieby, écrivain, Saint-Louis-Alsace, Mai 2012.
    Murielle Compère-Demarcy et Jacques Darras.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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