Les coups de coeur du marquis…

    Gary et son câlin marxiste

    Romain Gary, gaulliste, ne serait pas content de cette affirmation péremptoire : Gros-Câlin est certainement son roman le plus marxiste. Le plus loufoque aussi. Et celui dans lequel on se rend compte à quel point, il était un styliste hors pair, novateur, inventif, jouant avec les mots, comme il joua, toute sa vie – et jusqu’à sa mort – avec les balles ou, au temps de sa jeunesse, avec les Messerschmitt Bf 109 de nos bons amis d’Outre-Rhin. Les novateurs aux petits pieds du Nouveau Roman peuvent aller se rhabiller. Gary, qui ne manquait ni de courage, ni de panache, fit paraître, en 1974, au Mercure de France (Gallimard ayant refusé le manuscrit envoyé anonymement) le roman Gros-Câlin sous le nom d’Emile Ajar. Canular? Pas tout à fait. Nostalgique de sa jeunesse et de la magie des débuts littéraires (en 1973, il avait déjà écrit dix-neuf romans et obtenu le Goncourt en 1958 avec Les Racines du ciel), il obtint une seconde fois le Goncourt. Gros-Câlin raconte l’histoire cinglée d’un statisticien qui s’éprend d’un python. Gary-Ajar s’y livre à une charge contre la société de consommation; il y écrit également la folie d’un monde de la compétition qui – déjà – allait à sa perte. Une charge subtile contre l’ultralibéralisme naissant. La lecture de Jacques Gamblin est superbe. PHILIPPE LACOCHE

    Gros-Câlin, Romain Gary (Emile Ajar); écoutez lire-Gallimard.

     

    Mac Orlan au front

    N’en déplaisent aux grands intellectuels et à certains chercheurs, colins froids de la littérature, Pierre Mac Orlan est un grand écrivain. Les Poissons morts, publié pour la première fois chez Payot, en 1917, est en quelque sorte le journal de front du romancier qui combattit courageusement, dès août 1914, en Lorraine, en Artois, à Verdun, et dans la Somme où il fut blessé, au Bois des Berlingots, à Cléry-sur-Somme, devant sa ville natale: Péronne. Il y décrit avec minutie et à cru, l’horreur de la Grande Guerre. Les rats; les copains qui tombent à vos côtés; les canonnades… «humour, tragédie, horreur se mêlent dans Les Poissons morts, ce grand texte fondateur de l’œuvre de Mac Orlan», comme l’écrit l’excellent Bernard Baritaud, président de la Société des lecteurs de Mac Orlan, dans la préface. Ce récit n’avait jamais été réédité depuis les œuvres complètes de l’écrivain en 1960, aujourd’hui épuisées. C’est chose faite grâce à ce présent opus de très belle facture. Ph. L.

    Les Poissons morts, Pierre Mac Orlan; illustrations de David B.; éd. Liénart et le Musée de la Seine-et-Marne, Saint-Cyr-sur-Morin; 184 p.; 15 €.

     

     

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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