Les jésuites et la colère noire des Gilets jaunes

     

     

    Alexandre Dumal, dit Charly (à gauche) et Jean-Christophe Iriarte Arriola, du Cardan. Photo : Philippe Lacoche.

    Plaisir, toujours et encore, de participer à l’opération Leitura Furiosa, proposée par le Cardan, chaque année, depuis vingt-sept ans. Plaisir, oui, de rencontrer, nous écrivains, ces groupes de personnes fâchées, souvent, avec la lecture et/ou l’écriture. Notre ego hypertrophié, alors, s’efface devant un sentiment d’utilité. Ça fait du bien. Ainsi, je me rendis, le vendredi 24 mai, à la maison François-Libermann, rue Millevoye, à Amiens, gérée par l’association des Orphelins d’Auteuil. Un petit groupe de huit personnes (Aïssatou, Gemina, Théo, Korotoum, Pacôme, Fatimatou, Elysa, Bintia), jeunes, venues de Guinée, du Congo, de Côte d’Ivoire, et de France, encadrées par deux éducateurs: Lucile et Pierre.

    Le groupe d’adolescents de la maison François Libermann, samedi, lors des activités à la Maison de la culture d’Amiens. Photo : Philippe Lacoche.
    François Libermann. Portrait photographié à l’intérieur de la chapelle.
    Théo et Gémina dans le potager du parc de la maison des Orphelins Apprentis d’Auteuil, rue Millevoye, à Amiens. Photo : Philippe Lacoche.
    Au premier plan : Théo (à gauche) et Pacôme, dans la chapelle du Cénacle.

    Lorsqu’on arpente la rue Millevoye, on ne se doute pas que, derrière un portail austère, se cachent des bâtiments splendides, gorgés d’Histoire et de charme, dont l’ancienne chapelle du Cénacle. (Comme l’explique une plaque réalisée à l’intérieur de la cour par Amiens-Métropole, la congrégation Notre-Dame de la Retraite au Cénacle a été fondée en Ardèche par Thérèse Couderc, en 1825; elle observe les principes d’Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus. La congrégation, en pleine expansion, fonda des maisons de retraite à travers la France, et notamment à Amiens, en 1897, rue Millevoye. Les bâtiments relèvent aujourd’hui, par donation, des Orphelins Apprentis d’Auteuil.)

    L’intérieur de la très belle chapelle du Cénacle. Photo : Philippe Lacoche.

    C’est étrange: moi l’agnostique pratiquant, admirateur de Marx, de Diderot et de Roger Vailland, je ne trouve la paix intérieure que dans les lieux de culte et/ou d’Histoire. Je ressens le passé comme un doux onguent, le présent comme un acide douloureux, le futur comme un poison menaçant et délétère. Il faudrait que j’en reparle à mon psy. Belle rencontre, dis-je, avec ces huit jeunes gens qui me firent découvrir leurs parcours, le grand parc verdoyant et le potager. À dire vrai, j’avais commencé Leitura le jeudi soir, à l’Île aux fruits, avec l’hommage rendu au camarade Cesare Battisti. J’y retrouvai notamment mes copains Jean-Christophe et Mariella, du Cardan, et l’écrivain Alexandre Dumal, dit Charly, qui passa dix ans en prison dans des conditions très difficiles (QHS). C’est dire s’il est sensible à la situation de Cesare. Le dimanche, Charly me fit cadeau du livre collectif Ahou! Ahou! Ahou!, publié à L’Insomniaque (43, rue de Stalingrad, 93100 Montreuil. 01 48 59 65 42; insomniaqueediteur.com), poétiquement sous-titré «Novembre 2018-Avril 2019: les dos prennent la parole (et les échines se redressent)». Ce livre, œuvre d’un collectif de bénévoles, soutient les Gilets jaunes. Il recense les slogans et textes affichés sur le dos de ces mêmes gilets portés par les manifestants. Photos et témoignages, sans emphase, donnent une image exacte de ce beau mouvement populaire où certains bobos ne voudraient voir que des beaufs et des fachos. Macron, à l’origine de la colère du peuple, et l’ultralibéralisme (dont plus personne ne veut) en prennent plein à la tronche. On est en droit de ne pas le regretter. Merci, Charly!

    Les dessinateurs de Leitura Furiosa avec, notamment, de gauche à droite : André Zetlaoui, Dominique Scaglia et Fraco. Photo : Philippe Lacoche.
    Thérèse, du Cardan (à gauche) et Edith, ex-présidente du Cardan, au cours d’une lecture de textes (“Silences”, de Regina Guimaraes) au Café, à Amiens. Photo : Philippe Lacoche.

    Dimanche 2 juin 2019.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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