Les rires de nos vingt ans

    Jean-Luc Péchinot (à gauche) et Etienne Bonamy. Photo : Philippe Lacoche.

    Les vacances, ça sert aussi à ça: retrouver les bons copains. Même ceux que l’ont pas vus depuis des années. Deux anciens amis de mon école de journalisme de Tours (promotion 1975-1977), Jean-Luc Péchinot et Étienne Bonamy, sont venus me rendre visite, il y a peu, dans ma maison de résistant. «Ma tanière», devrais-je dire plutôt. Car l’endroit, un lieu de vie de garçon, est aussi mal rangé que la maison à chats de Paul Léautaud. Jean-Luc, je l’avais revu il y a quelques années à la faveur de la participation de la troupe le Théâtre de l’Alambic – dans laquelle sévit mon confrère Thierry Griois, du Courrier picard – qui donna ma pièce L’écharpe rouge, aux finales nationales du théâtre amateur; cette année-là, elles se déroulaient… à Tours. Faut-il préciser que nous fîmes la tournée des grands ducs, et que les tonneaux de chinon et de bourgueil en prirent pour leur grade? Après avoir été reporter et rédacteur en chef du magazine La Touraine, Jean-Luc est aujourd’hui journaliste indépendant et écrivain. Quant à Étienne, longtemps reporter à But, à Sport, au Figaro, puis rédacteur en chef de l’Équipe et de l’Équipe Magazine, il est également journaliste indépendant spécialisé dans le sport et l’économie du sport et gérant de l’agence CEBO-média. Il collabore aussi à l’Express, VSD, Red Bulletin, et les Inrocks. Étienne, je ne l’avais revu depuis les années 1980. C’est dire que lorsqu’ils frappèrent à ma porte, l’émotion, tous trois, nous envahit. Je leur fis remarquer, poli comme une pierre taillée, qu’ils n’avaient pas changé. C’est-à-dire que le Jean-Luc est toujours le sosie de Roger Vailland, époque La Loi, et Étienne, celui de Jean-Paul Belmondo, époque Le Solitaire, de Jacques Deray (1987). De sacrées gueules de vainqueurs. La raison de leur déplacement dans la capitale picarde? La réalisation d’un livre sur les petites lignes de chemins de fer en France. Fils et petit-fils de cheminot, je me réjouissais de ce ferrugineux projet. En parlant de ferrugineux, les deux gaziers avaient soif. Et pas forcément d’eau. Ils s’abstinrent d’affirmer que ça fait rouiller, mais je le compris ainsi. Je descendis donc à la cave, revins les bras chargés de quelques flacons de vins bios, puis fis réchauffer le poulet que leur avais cuisiné. Trois verres plus tard, les souvenirs tombaient dru comme une averse de mars. Tours, l’IUT; le Pont de fil. Nos vieux professeurs (Jean Chédaille, grand reporter à la Nouvelle République du Centre-Ouest, équipé d’une belle trogne à la Cendrars; Paul Wagret, prof d’histoire érudit; Rossignol, moustachu comme deux Edwy Plenel; André Berkovicius qui nous apprit à écrire court, simple, rapide, sans relatives – je vais me faire gronder s’il lit ces lignes!; etc.). Nos copains de promotion égarés à travers le monde. Ou sortis des sentiers de la vie. Nos petites amies, si jeunes, si mignonnes. Nous parlions, des étoiles dans la tête, les larmes au bord des yeux. Le temps filait comme le collant d’une dame accorte. Nous avions plus de 60 ans, mais nos rires en avaient à peine 20. Merci, les copains. Je vous aime.

    Dimanche 22 septembre 2019.

    Deux gueules de vainqueurs. Photo : Ph.L.
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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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