Cérésa : l’aventurier des mots

    Son Roman des aventuriersest un délice de drôlerie, de justesse et d’élégante simplicité. À l’image de cet écrivain doué qui a pratiqué tous les métiers.

    François Cérésa à la terrasse du Rouquet, à Paris, un après-midi d'été 2011.

    François Cérésa nous a habitués à la chose: son dernier livre, Le Roman des aventuriers, est un vrai bonheur de lecture. Très différent, pourtant, du délicieux et intimiste Sugar Puffs, paru à la rentrée littéraire de septembre 2011 et qui eût dû, si le monde des lettres avait été bien fait et empreint de justice, être couronné d’un des six grands prix. Qu’importe: le Cérésa continue sa route d’écrivain. Point d’amertume chez cet auteur plein d’humour, cultivé et sans morgue aucune: il a les pieds bien stables dans la glaise des mots. Ici, il est à son aise. Il est à son affaire. N’est-il pas lui-même une manière d’aventurier? Ne fut-il pas dans d’autres vies menuisier, maçon, peintre, démarcheur, livreur, chauffeur de maître, cover boy, étudiant en médecine, titulaire d’un Deug de philosophie en cours du soir, assistant sur des plateaux de cinéma, étudiant en art dramatique au cours Simon, militaire? Et, vous l’avez compris, lecteur, à un tel homme inutile de parler de l’indéfendable Nouveau roman (Robbe-Grillet, Claude Simon et consorts).Il vous regardera dans les yeux, dubitatif, et égrenera noms des – vrais! – écrivains qu’il aime: Stendhal, Maupassant, Hugo, les Hussards (Nimier, Blondin, Laurent, Déon). «Sans être l’inconditionnel qui astique tous les matins son sceptre d’Ottokar (c’est une image), j’assume mes turpitudes. Ce ne sont pas Claude Simon ni Marguerite Duras qui m’ont donné le goût de la lecture», confesse-t-il, avant d’avouer que c’est Tintin qui l’a conduit vers la lecture et l’écriture. Voilà un homme de goût. Car, comme il le dit joliment un peu plus loin, «une culture sans Tintin est une madeleine sans Proust».Il est drôle d’un bout à l’autre, Cérésa. Et c’est avec brio qu’il dessine les portraits de ses aventuriers préférés: Athos, Errol Flynn, Lancelot du lac, Raoul Walsh, Joseph Kessel, François Fournier-Sarlovèze, etc. Celui d’Errol est carrément superbe de finesse, de drôlerie, de connivence, à l’instar de celui de Kessel. Ces textes sans prétention sont à eux seuls des minis leçons de bonne littérature par maître Cérésa qui, jamais, ô grand jamais, ne voudrait être professeur. Ni donner de leçons. Chapeau bas!

    PHILIPPE LACOCHE

    Le Roman des aventuriers, François Cérésa, Le Rocher, 232 pages, 19,90 euros

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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