Comme un lièvre, Jacques Darras regarde la Picardie

     

    Le poète et écrivain picard sort un livre, « Voyage dans la couleur verte, Un parcours en Picardie », en compagnie de la photographe Chantal Delacroix.

    Pouvez-vous nous présenter ce livre ?

    Jacques Darras : C’est un livre de deux cents pages environ qui est le fruit d’un travail d’équipe : la photographe Chantal Delacroix, une Amiénoise pure sucre, a travaillé à partir de textes qui étaient dans mes tiroirs, qui ont mûri très longtemps, qui étaient dans le secret. Elle les a lus; elle les a compris, décryptés; avec son compagnon, Jean, elle est partie sur les routes de la Picardie; ils ont fait un travail de photographe extraordinaire; il y a une complicité, une complémentarité, entre les textes et les photos. Mon écriture est un peu chantournée; c’est une écriture d’il y a quelques années. Ses photos sont très simples, très directes, très claires; ça produit un travail qui fonctionne bien. Elle éclaire par ses photos ce qui, dans ma phrase, peut donner l’impression d’aller dans les coins, de tourner. J’ai une vision de la Picardie qui est une vision de lièvre. Un lièvre, ça court à l’oblique; ça zigzague, ça revient, ça dresse les oreilles. Je suis dans un vision animale de la plaine. Il est surtout question de la plaine dans ce livre. La Picardie, c’est pour moi la plaine plus que les vallées, moi qui suis pourtant l’homme des fleuves et des rivières, pour un coup, c’est essentiellement la plaine. J’adore les nuances de la plaine au printemps et à l’été. C’est une lecture de la Picardie par la couleur.

    Est-ce que les textes ont été directement influencés par les photos ou sont-ce les photos qui ont été influencées par les textes?

    C’est le travail photographique qui a été réalisé d’après les textes. J’ai un oeil photographique moi-même; j’ai un oeil de peintre (c’est un bien grand mot!). J’aime la couleur; dans une autre vie, j’aurais été un peintre. Si une autre vie m’est accordée, je me réincarnerai en peintre parce que je trouve que la Picardie, c’est la lumière, comme le disait Manessier à propos de la baie de Somme; c’est la couleur et la nuance. La Picardie est un nuancier absolument fabuleux. Les plantes donnent au ciel une réciprocité qui, je trouve, est unique en France; la Picardie ressemble un peu aux polders de la Flandre et des Pays-Bas. Nous sommes une annexe des Pays-Bas et de la Flandre pour la couleur. Il y a eu un grand peintre, Manessier. On peut imaginer qu’il y en ait d’autres. Moi, je suis peintre avec les mots.

    Ce livre est destiné à qui ?

    La librairie ne désemplit pas depuis quatre heures. Je le destine à tous les gens qui sont dans cette librairie. C’est un livre grand public, un cadeau de Noël. A la fin du livre, il y a un cd avec mes lectures. J’ai lu des extraits. J’explique, je commente; c’est un parcours multiple. Il y a des photos, les paysages, mes textes et la voix. C’est un livre stéréoscopique.

    Votre travail photographique a consisté en quoi?

    Chantal Delacroix : Tout a commencé lorsque j’ai découvert ces textes. C’est Jacques qui, un jour, m’en a parlé. Je lui ai dit que j’étais intéressé pour travailler à partir d’eux, de faire un itinéraire photographique. J’ai commencé par les lire attentivement. Ensuite, j’ai fait de petites fiches, les lieux, les noms des personnages; je ne savais pas ce que j’allais faire. Comme j’ai la chance d’être mariée avec un homme très curieux, je lui ai proposé de m’accompagner au cours de mes voyages; nous sommes partis comme ça. Lui est du Sud-Ouest, mais c’est l’homme du Sud-Ouest qui connaît le mieux la Picardie parce que nous l’avons sillonnée de long en large. Les trois départements. Et des lieux autres.

    J.D. : Elle a photographié la plaine avec toute ses douceurs. Les seigles qui prennent des couleur argentées. C’est de la danse; elle a photographié en dansant.

    C.D. : Je suis née à Domart-sur-La Luce. J’ai une longue carrière dans l’informatique derrière moi. Au moment de l’arrêter, j’ai suivi une formation en photo; j’ai passé le diplôme. J ‘ai fait un premier livre avec mon mari , Entre ciel et terre, la baie de Somme, grâce aux poèmes de Jacques Darras et d’Yvon Le Men; c’est comme ça que ça a démarré. A partir de là, l’aventure a commencé; j’ai fait une exposition. L’aventure ne s’est plus arrêtée. J’ai fait quelques autres expositions, notamment à Chantilly, et à Achères, dans les Yvelines. J’ai également réalisé des photos lors de très longs voyages. Nous avons voyagé en Mauritanie avec Jean, mon mari. J’ai fait beaucoup de photos. On est toujours un peu à travers le monde.

    Propos recueillis par

    Jacques Darras, poète et écrivain. Amiens. Décembre 2013.

    Philippe LACOCHE

    « Voyage dans la couleur vertes, Un parcours en Picardie », Jacques Darras et Chantal Delacroix, éditions du Labyrinthe. 214 p.; 25 euros.

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