Du napalm aux jonquilles du Valois

    Poétique, ce deuxième roman d’

    Hoai Huong Nguyen propose un roman poétique et émouvant. Elle sera au Salon du livre de Creil, La Ville aux livres, en novembre prochain.

    évoque l’exil et la guerre du Vietnam.

    L’histoire commence par la fin. Tuân, un Vietnamien qui a été contraint de quitter son pays, marche dans la forêt de Chantilly dans les pas de l’un de ses poètes préférés: Gérard de Nerval. Nous sommes en 1975. Il se souvient… Il avait 5 ans quand ses parents ont été tués par des cambrioleurs surpris dans leur tâche. Il est élevé par son grand-père, puis par une tante. Il joue, presque heureux, avec son cousin et sa cousine, Tiên, à qui il voue un amour singulier: elle lui rappelle sa mère défunte. 1954: l’armée française subit une terrible défaite à Dien Biên Phu. L’oncle Chinh, nationaliste et communiste, fonce vers le Nord en compagnie de sa famille. Tuân se révolte: il ne peut laisser partir la jeune Tiên sans réagir. Colère terrible de l’oncle: «Tu n’es qu’un traître à la patrie!»

    «Le son léger des baguettes sur son bol»

    Il estime que le jeune homme est «pourri par l’Occident». Tuân devra rester au village. Grâce à l’école française, il voue un amour à notre langue, à sa poésie et à sa littérature (Gérard de Nerval, mais aussi la comtesse de Ségur). Il s’essaie lui-même à l’écriture, à la poésie, mais reste déçu par le résultat. Survient l’Offensive du Têt, à Huê, en janvier et février 1968, «l’une des batailles les plus meurtrières de la guerre du Vietnam» explique l’auteur à la revue Littérature vietnamienne francophone: «Au premier jour de l’attaque nord-vietnamienne, Tuân est pris au piège dans la ville. Il est caché dans une cave par un vieil homme et vit la bataille retranché dans la solitude. Lorsqu’il ressort, il est frappé de plein fouet par la vision de la ville détruite et les morts.» Ecoeuré, il choisira l’exil et partira pour la France.

    Ce deuxième roman de Hoai Huong Nguyen (le premier, L’Ombre douce, avait été salué par la critique et récompensé par de nombreux prix) ne manque pas de charme. Il est lent, écrit avec poésie (on eût, parfois, apprécié un peu moins d’effets littéraires, et plus de sobriété dans le style), et le fond historique est souvent poignant. Le parallèle entre le Valois et le pays quitté et regretté est exprimé avec force. Le texte recèle de beaux passages: «Tuân était dans sa chambre et avait écouté la discussion de l’autre côté de la cloison. Chinh continuait son repas; on entendait le son léger des baguettes sur son bol, le bruit que faisait sa bouche en buvant du thé, la tasse de porcelaine reposée sur la table.» Ces phrases sont celles d’un bel écrivain; c’est indiscutable. PHILIPPE LACOCHE

    Sous le ciel qui brûle, Hoai Huong Nguyen, Viviane Hamy; 175 p.; 18 €.

    * Hoai Huong Nguyen sera présente au salon La Ville aux livres, à Creil, les samedi 18 et dimanche 19 novembre.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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