Editeur de Pantin, le Castor Astral publie le Nobel

     

    Rencontre avec Jean-Yves Reuzeau, fondateur du Castor Astral, éditeur de Tomas Tranströmer, qui vient de se voir attribuer le prix Nobel de littérature.

     

    Pourriez-vous nous présenter brièvement Tomas Tranströmer, peu connu en France jusqu’ici?

    Tomas Tranströmer est un écrivain suédois né en à Stockholm en1931. Il est le poète contemporain le plus traduit au monde (en 63 langues à ce jour). Le Castor Astral a publié ses œuvres complètes en1996. Il vient d’obtenir le prix Nobel de littérature 2011. Qu’est-ce qui vous séduit dans sa poésie?

    Tomas Tranströmer est un poète de l’essentiel, de la profondeur. L’intégralité de ses écrits, en édition française, est regroupée en trois livres. Sa poésie, à la fois très lisible et complexe, relève de la philosophie au quotidien. À partir d’un infime détail de la vie de tous les jours, il parvient à développer un message humaniste et visionnaire. C’est un maître de la métaphore. Le premier vers de son premier poème publié, en1954, est à lui seul fulgurant: «L’éveil est un saut en parachute hors du rêve.»

    Comment et quand avez-vous été amené à l’éditer?

    En 1986, nous avons édité une anthologie intitulée Poésie suédoise contemporaine, traduite par Jacques Outin. Ce livre présentait un choix de «jeunes» auteurs nés dans les années1940 et1950. C’est suite à cette parution que le traducteur m’a fait découvrir Tomas Tranströmer. Le choc fut tel que nous avons décidé de publier l’intégralité de son œuvre en langue française. Un pari assez fou à l’époque pour une petite maison d’édition indépendante. Mais cela relevait de l’ordre d’une mission. D’une évidence. Il fallait absolument faire découvrir cette voix dans la francophonie.

    Parlez-moi de son traducteur, Jacques Outin.

    Jacques Outin, né en 1947, vit en Allemagne où il a enseigné à l’université. Il a fait ses études de langues et littératures allemande et scandinave, de philosophie et d’histoire de l’art en France, en Allemagne et en Suède (à Lund). Au fil des ans, il est devenu un intime de Monica et Tomas Tranströmer. Il a également traduit en langue française des auteurs comme Jacques Werup, Gunnar Garding, Lars Gustafsson et August Strindberg.

    Que représente pour votre maison, Le Castor Astral, l’obtention du Nobel de littérature pour un auteur que vous avez traduit et édité en France?

    C’est bien sûr la reconnaissance de plus de 35 années passées à publier avec acharnement de la poésie, mais aussi de la littérature et des ouvrages consacrés à la musique. Ce prix rejaillit sur l’ensemble de notre catalogue (900 livres publiés à ce jour) et sur nos auteurs. C’est un bonheur partagé. Nous avons reçu des centaines de messages de félicitations de lecteurs qui suivent notre travail depuis des années. La vraie récompense est dans ces liens qui se sont créés en profondeur en donnant vie à des livres, en les faisant découvrir et partager.

    Le Castor Astral est l’une des très rares maisons d’édition françaises qui continue à se battre pour faire lire de la poésie. D’où vous vient cette volonté têtue et très courageuse?

    J’ai créée Le Castor Astral en1975 avec Marc Torralba. Nous étions encore étudiants quand sont parus les premiers livres. Avant de diversifier notre catalogue, nous n’avons d’abord publié que des livres de poésie. Cette passion première est restée le fil rouge de notre engagement d’éditeur. C’est ce qui donne tout sens à notre travail. La poésie est le genre littéraire qui permet à l’homme (auteur ou lecteur) d’aller au plus profonde lui-même.

    Grâce au Nobel, les œuvres complètes de Tomas Tranströmer se sont vendues à combien d’exemplaires à ce jour?

    En trois mois, elles se sont vendues à plus de 10000 exemplaires en édition courante, et à près de 20000 exemplaires en édition de poche (chez Gallimard). Des chiffres très importants pour de la poésie… en France, pays assez sous-développé en ce domaine!

    Quels poètes édités par Le Castor Astral recommanderiez-vous à nos lecteurs?

    En se limitant à des auteurs récemment publiés, je recommanderais Jean-Claude Pirotte (qui vient de recevoir le prix Guillaume Apollinaire), le poète franco-kurde Seyhmus Dagtekin (prix Stéphane Mallarmé) et Zéno Bianu, auteur d’une magnifique trilogie poétique consacrée à Chet Baker, Jimi Hendrix et John Coltrane (ce troisième volume à paraître en mars prochain).

    Propos recueillis

    PHILIPPE LACOCHE

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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