Entre meurtres et gastronomie fine

        Journaliste culinaire, Michèle Barrière propose «Mort à bord», un roman vif et captivant.

    La littérature est vaste. Diverse. On ne demande pas forcément à un écrivain d’être Marcel Proust, Louis Ferdinand Céline o

    Michèle Barrière.

    u Patrick Modiano, stylistes hors pair, génies de l’écriture, bousculeurs de conventions, déboulonneurs de statues de mots, à partir de l’instant où il procure du plaisir. On pourrait dire cela de l’écrivain Michèle Barrière. Non pas que celle-ci écrive mal, plat ou bâclé. Point. Elle écrit net et précis; c’est l’essentiel.

    Plaisirs subtils

    Tout son art consiste à raconter des histoires. Et ça, elle sait faire. Sa façon, bien à elle, va chercher au tréfonds de ses expériences professionnelles singulières. Michèle Barrière est membre de l’association De Honesta Voluptate, basée sur les travaux de l’historien Jean-Louis Flandrin. Journaliste culinaire, historienne, elle est la créatrice, sur Arte, de la série Histoire en cuisine, mais elle est aussi et surtout appréciée des lecteurs pour ses succulents polars historiques qui, comme le précise son éditeur, «retracent l’histoire et l’évolution de la cuisine et des manières de table». C’est le cas dans son dernier roman, Mort à bord.

    Que nous conte-t-elle? Les pérégrinations d’Adrien Savoisy, homme charmant, élégant et aisé, qui tombe fou amoureux d’une jeune campeuse, craquante et sexy à souhait, Thérèse Madec. Nous sommes en été 1936, à Deauville. Les congés payés tournent à plein régime. Les indécrottables et imbéciles bourgeois font la grimace devant l’arrivée de la populace sur leurs lieux de villégiatures. Amour passion donc entre la jolie Thérèse, très à gauche, et le bourgeois éclairé et humaniste Adrien. Tout pourrait bien aller dans le meilleur des mondes si deux jeunes filles n’étaient retrouvées assassinées dans des conditions atroces et barbares sur la plage. Prévenant, Adrien fait tout pour éloigner son amoureuse des lieux des meurtres. Discrètement, il fait en sorte qu’ils embarquent sur le paquebot Normandie pour un séjour à New York. Ce ne sera pas évident car Thérèse, qui n’apprécie guère cette débauche de luxe, est réticente. Elle finira par s’habituer, et à en goûter les plaisirs subtils – en particulier ceux de la gastronomie, thème cher à l’auteur. Mais les choses ne sont pas si simples: d’autres crimes surviennent à bord du bateau. Adrien et Thérèse tenteront de résoudre l’énigme de ses assassinats qui, curieusement, se ressemblent beaucoup dans leur mode opératoire…

    Ce roman se lit avec un vif plaisir. On y croise Robert Capa, Pierre de Régnier, dit Tigre, chroniqueur mondain, dandy fascinant et léger (il est l’auteur du poème Deauville qui commence ainsi: «Deauville, mon cœur oublieux/ Qui oublia tant de maîtresses/ Pourquoi te revient-il sans cesse,/ Mon pauvre cœur qui devient vieux?…»), Jean Zay et quelques autres. Les années Trente y sont dépeintes avec précision et sensualité. En trois mots: un bon livre. PHILIPPE LACOCHE

    Mort à bord, Michèle Barrière ; Le Livre de Poche ; 253 p. ; 12,30 €.

    • Michèle Barrière sera présente au salon du livre de Creil, La Ville aux livres, qui aura lieu les samedi 18 et dimanche 19 novembre.
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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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