Éric Holder : le capteur d’atmosphères

    Eric Holder décrit un monde populaire et marginal. Photo : HermanceTriay.

    Il nous entraîne dans les pas d’un bouquiniste reclus dans une forêt du Médoc.

    Septembre autorise encore le port des sandales, attendons-nous à quelques belles journées, séparées par de froides lames à reflets bleus, la nuit. Les arbres ébouriffés vont perdre leur plumage, les fougères s’affaisser comme on meurt sur scène, au théâtre.» Tout le style d’Éric Holder, l’un des plus subtils, les plus fins, les plus attachants romanciers et nouvellistes de la littérature française, est là. Simplicité apparente, jamais fade, qui, au contraire convoque l’épure. Il n’a pas son pareil pour décrire les soubresauts des cœurs, la fragilité des aubes crayeuses, les très doux battements de cœur d’une Nature qui nous aime. Et comment ne pas adorer un romancier qui écrit: «Les premières gouttes de pluie laissèrent entendre des hésitations de moineau sur un balcon. Quelques secondes plus tard, l’eau tombait par baquets, rejaillissant des gouttières sous pression, noyant le paysage.»

    Phrases de cristal sous papier cristal

    Ces phrases de cristal sont extraites de La belle n’a pas sommeil, son dernier roman. Que nous dit-il? Il nous présente Antoine, un bouquiniste qui a installé sa boutique dans une grange égarée au cœur d’une forêt épaisse du Médoc. L’homme n’a pratiquement pas de clients car l’endroit est introuvable. Peu lui importe: il recouvre de papier cristal les couvertures des ouvrages qu’il chérit. Il contemple la Nature, caresse ses chats, boit des verres avec le garde champêtre, se love parfois dans le lit de Marie, la boulangère dont l’ex-mari est un joueur invétéré. Sans l’énigmatique madame Wong, il mourrait de faim. Son quotidien est égayé par les disparitions régulières des livres du regretté Frédéric Berthet. Le charpardeur au goût sûr est introuvable. Et puis, un jour, arrive Lorraine, blonde conteuse, intermittente du spectacle, d’une beauté enivrante: «Lorraine… Je me souvenais en lui parlant, d’une fille appelée Aude, native de Carcassonne – et puis d’une Aube, originaire de Troyes… Je me suis mordu la langue pour ne pas lui demander si elle venait de Metz.» Le quotidien du bouquiniste sera notoirement perturbé car la belle ne le laisse pas insensible. Et elle n’a pas sommeil. En tout cas, pas souvent: «De près, on voit que sa joue gauche a gardé la trace de l’oreiller. Je me rappelle, quand nous partagions le même lit, qu’elle dormait comme un bébé, le pouce jamais loin de sa bouche entrouverte.» Comme dans ses précédents livres (Mademoiselle Chambon, La Belle Jardinière, La Baïne, etc.), la grâce du style d’Éric Holder nous emporte; il en est de même pour ses histoires où agissent, lents et provinciaux, des êtres souvent à la marge d’une société dont ils se méfient comme de la peste. Et quel merveilleux atmosphériste, que cet Holder, parangon des voleurs d’ambiances, d’images fugitives, de mélancolies humides: «De courts après-midi de beau temps succèdent à des matinées empesées de brouillard, quand la brume en volutes semble vouloir entrer par les portes et les fenêtres – la fumée du marais.» Aussi beau que du Hardellet. Ou du… Berthet. PHILIPPE LACOCHE

    La belle n’a pas sommeil, Éric Holder; Seuil; 220 p.; 18 €.

     

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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