Excellent roman autour du mystère d’un meurtre affreux

      Le Picard Patrice Juiff sort un nouveau roman magnifiquement construit et écrit. Richard, footballeur vedette, assassine son épouse de cinq balles à bout portant sans savoir pourquoi.

    L'excellent écrivain et comédien Patrice Juiff, réside à Beauvais, dans l'Oise.
    L’excellent écrivain et comédien Patrice Juiff, réside à Beauvais, dans l’Oise.

     

     

    Comédien de télévision et de cinéma au talent indéniable, Patrice Juiff (qui réside dans l’Oise) est aussi un nouvelliste et un romancier très talentueux. (Longtemps, il confia à notre journal de succulentes nouvelles qui paraissaient le dimanche.) Son recueil de nouvelles La Taille d’un ange (Albin Michel, 2008), ne s’est-il pas vu décerner le prestigieux Grand prix de la nouvelle de la Société des gens de lettres? Patrice Juiff détient plusieurs qualités qui font le bon écrivain: il écrit bien, sec et court, sans graisse; il n’a pas son pareil pour raconter des histoires; il sait créer des atmosphères. Toutes ces qualités, une fois encore, on les retrouve dans son succulent dernier roman Tous les hommes s’appellent Richard. Il nous conte la vie – affreuse – de Richard, ancien footballeur professionnel, adulé des foules qui, un jour, tue sa femme de cinq balles à bout portant. En prison, il se demande toujours pourquoi il a commis ce meurtre abominable.

    Il revisite son passé

    Pour tenter de comprendre, il revisite son passé. C’est assez terrifiant. «Mes histoires s’articulent toujours autour de thèmes récurrents», explique-t-il. «L’un d’eux est celui du choix. Et du basculement qui en résulte. Un autre est celui de la fragilité de nos existences. Dans Tous les hommes s’appellent Richard, ils sont intimement mêlés. Comment un homme à qui tout avait apparemment réussi, sombre dans une dépression qui le poussera jusqu’à tuer sa femme, l’être qu’il aimait le plus au monde. Je me souviens avoir été plus que troublé par l’affaire Bertrand Cantat et celle de Marc Cécillon. Du jour au lendemain, nous pouvons tous nous faire rattraper par de lourds secrets, des blessures intimes dont nous n’arrivons pas toujours à conjurer les effets dévastateurs

    La force de ce roman vient aussi du fait que jamais Patrice Juiff n’instruit à charge. Il relate les faits, commente peu. Tente, lui également, de comprendre. «Ce qui m’intéresse, c’est l’humain» convient-il. «Ce que nous sommes. Ce mystère qu’est l’homme et ce qui le gouverne. Dans chacun de mes livres, je n’essaie pas de me mettre à la place de mes personnages. Mais à côté. À hauteur de leur épaule. De voir ce qu’ils peuvent voir. De sentir et ressentir ce qu’ils peuvent sentir et ressentir en fonction de ce qu’il leur arrive. D’être honnête et sincère avec eux. De ne pas les trahir. Nous sommes tous pétris de la même pâte. Tous différents, les forces qui nous régissent sont les mêmes. Et puis tenter de comprendre l’autre, c’est aussi évidemment tenter de se comprendre soi-même. Mes références sont multiples, toutes romanesques. Mais je suis plus faulknérien qui proustien. Je dis toujours qu’il n’existe pas de monstre, mais des gens monstrueux. Qu’on ne naît pas monstrueux mais qu’on le devient. Hitler a été un enfant jouant avec ses camarades et un bébé qui pleurait dans les bras de sa mère quand il avait faim avant de devenir un des plus grands assassins de tous les temps. Tenter de comprendre les raisons qui mènent un homme à la déraison, c’est lui rendre son humanité et donc à sa vérité, sans pour autant justifier ses actes. C’est quand on connaît ou qu’on reconnaît un problème qu’on peut le résoudre. Sans cela nous sommes voués à l’échec. Nous sommes tous des Richard en puissance, aussi forts et aussi fragiles que lui. Il n’est pas inutile de se le rappeler.» Son prochain roman évoquera l’histoire de deux sœurs. En tant que comédien, il vient de tourner dans une série Sur les Quais, dont les deux prochains épisodes devraient être bientôt diffusés sur France 3.

     

    Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

     

    Tous les hommes s’appellent Richard,¨Patrice Juiff, Ecriture; 217 p.; 17,95 €.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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    • Farrah

      Bonsoir,
      Je ne suis pas d’accord on n’est pas tous des Richard en puissance , on n’est pas tous des Hitler en puissance. J’entends humainement parlant. On croit pouvoir comprendre ce qui les a amenés là et pourtant on sait bien qu’on ne comprend pas. Certes la folie nous frôle à un moment ou un autre mais il y a des caps qu’on sait qu’on ne dépassera pas, des limites certes, mais parfois elles ont rassurantes bien qu’angoissantes et c’est tant mieux ! Certains choisissent de s’acharner sur eux mêmes d’autres sur les plus vulnérables. Etre humain c’est faire des choix.

    • Farrah

      Bonsoir,
      Je ne suis pas d’accord on n’est pas tous des Richard en puissance , on n’est pas tous des Hitler en puissance. J’entends humainement parlant. On croit pouvoir comprendre ce qui les a amenés là et pourtant on sait bien qu’on ne comprend pas. Certes la folie nous frôle à un moment ou un autre mais il y a des caps qu’on sait qu’on ne dépassera pas, des limites certes, mais parfois elles ont rassurantes bien qu’angoissantes et c’est tant mieux ! Certains choisissent de s’acharner sur eux mêmes d’autres sur les plus vulnérables. Etre humain c’est faire des choix.

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