La belle analyse marxiste de Marguerite Duras

    On est en droit de ne pas apprécier le ton, le style et les engagements de Marguerite Duras. Une bonne partie de sa vie, elle a agacé nombre de lecteurs et de critiques qui ne se sont pas gênés pour la brocarder, la pasticher. Qu’importe: indéniablement, c’était un grand écrivain. Un grand cinéaste aussi, même si elle n’a pas suffisamment utilisé ce mode d’expression. Le sublime film India Song en est la preuve. Œuvre à la lenteur moite, à la mélancolie sensuelle. Bouleversante. Et le fait que dans Écrire, en1993, elle rédige cette analyse, pourrait, au fond, l’exempter de toute critique: «Ce qui dominera toujours, et ça nous fait pleurer, c’est l’enfer et l’injustice du monde du travail. L’enfer des usines, les exactions du mépris, de l’injustice du patronat, de son horreur, de l’horreur du régime capitaliste, de tout le malheur qui en découle, du droit des riches à disposer du prolétariat et d’en faire la raison même de son échec et jamais de sa réussite.» C’est l’une des phrases les plus marxistes de la littérature française. Laure Adler a la délicatesse de la placer en exergue de la page168 du très bel ouvrage qu’elle consacre à l’écrivain. En ces temps de grandes difficultés sociales, qu’elles en soient, toutes deux, remerciées.

    PHILIPPE LACOCHE

    «Marguerite Duras», Flammarion, Laure Adler, 247 p.; 39 euros.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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    • catherine d.

      En inconditionnelle absolue de Marguerite Duras, j’ai beaucoup collectionné ses livres, et des ouvrages sur cette femme-écrivain sublime. Ainsi je m’étais procuré la biographie que Laure Adler avait écrite en 98 (et publiée chez Gallimard).
      Je ne connais pas encore l’ouvrage récent dont vous parlez.
      Si comme moi M. Duras vous bouleverse, alors c’est un signe de plus que nous sommes cousins, cher Philippe.
      Bien à vous,
      Catherine

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