La folie libertaire de François Cérésa

    Avec « Merci qui? », son dernier roman, François Cérésa descend en flamme une certaine branchitude aussi futile que ridicule. Un feu d’artifice de mots.

    François Cérésa.

    François Cérésa a plus d’une corde à son arc. Ou plusieurs encres pour ses plumes. Comme on voudra. Auteur d’une trentaine de livres, romans principalement mais aussi essais et documents, il peut tout aussi bien nous donner à lire un roman modianesque, mélancolique et nostalgique comme Les Moustaches de Staline (Fayard 2008, prix Cabourg du roman), que l’historique et «cap et d’épée» La Terrible Vengeance du chevalier d’Anzy (Plon 2008), ou que le truculent et rabelaisien Carnaval des grenouilles (Robert Laffont, 1989).

    On sent qu’avec son dernier roman Merci qui?, François Cérésa s’est bien amusé; il a dû même jubiler en l’écrivant. C’est en effet une irruption de mots, de bons mots, de folies, de passions, de verbes hauts, de colères, de coups de gueule, de coups de poings dans la gueule. On sent bien qu’il a tenu à rendre hommage à quelques-uns de ses écrivains fétiches: Frédéric Dard, Céline, Alphonse Boudard et Léon Bloy. Il ne s’en cache pas puisqu’il dédie ce livre à certains de ceux-ci mais également à Michel Audiard, Albert Simonin, François Vidocq, et François Rabelais. Résultat: on rit souvent à gorge déployée car il y a un ton Cérésa, une musique forte, symphonique, parfois aussi déjantée que les meilleurs brûlots du punk des seventies.

    Il nous raconte l’histoire de Lucky «qui n’a plus vingt ans depuis vingt ans», un ancien cover-boy, sur le point de se reconvertir en écrivain. À ses côtés, un drôle d’oiseau, Pierre-François Coblence, alias P.-F., parangon de la «branchitude», ridicule à souhait, qui mâtine la moindre de ses phrases avec un franglais qu’il étire comme un vieux chewing-gum. On y trouve également Marie-Antoinette, une dame mûre très sexy, aux charmes poivrés. Et Ludivine, une craquante lolita qui fait, justement, craquer Lucky. François Cérésa ne donne pas que dans le burlesque; derrière le petit théâtre bruyant et vaudeville se cache une authentique critique de notre société qui bat de l’aile, le tout ficelé par une barde franchement libertaire: «Pour être de droite, il faut être idiot. Pour être de gauche, il faut être riche.» Imparable.

    PHILIPPE LACOCHE

    Merci qui?, François Cérésa, Écriture, 362 p.; 18,95 euros.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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