La mare aux chevaux

          Le marquis est allé pêcher dans la mare de Bouillancourt-en-Séry. Il est revenu équipé d’histoires d’équidés.

    Marina Loy et Xavier Duval, devant la mare de Bouillancourt-en-Séry. Photo : Philippe Lacoche.
    La jolie allée ombragée qui mène au château; très romantique. Gérard de Nerval eût aimé. Photo : Philippe Lacoche.
    Près de la mare, un mur de ferme; joli assemblage de briques et de pierres. Je me mets à imaginer qu’il s’agissait la ferme du château… (Photo : Philippe Lacoche.)
    La mare de Bouillancourt-en-Séry. (Photo : Philippe Lacoche.)
    Un banc de poissons rouges et de carpeaux sautent et se moquent de moi. Je n’en capturerai aucun. (Photo : Philippe Lacoche.)
    Le joli poney roux avec qui j’ai tenté de discuter avant de repartir. Ses aïeux se souvenaient-il que les Fritz faisaient traverser la mare à leurs chevaux afin de les habituer à l’eau. Il a été pris de fou-rire et a haussé les épaules! On est peu de chose. (Photo : Philippe Lacoche.)

    Le responsable est-il mon parcours professionnel? Je ne sais pas exactement. Me croyais-je encore à Abbeville où j’ai travaillé de 1986 à 2003? Ce n’est pas impossible. Lorsque j’ai su que la municipalité de Bouillancourt-en-Séry m’autorisait à effectuer un reportage dans sa mare communale et à y pêcher, je ne me suis pas affolé. «Bouillancourt… ce n’est pas si loin que ça!» ai-je songé, un peu benêt. Pas trop loin d’Abbeville certes, mais d’Amiens, c’est une autre paire de manches! En fait, il faut presque une heure pour s’y rendre. Ajoutez à cela, quatre ou cinq engins agricoles, et tous les feux du trajet qui ont la bonne idée de passer au rouge, et c’est comme ça que vous arrivez en retard. Heureusement, Xavier Duval, maire de Bouillancourt-en-Séry, et Marina Loy, conseillère municipale, sont des gens patients. Ils m’attendaient devant la mare, sourire aux lèvres.

    Envahisseurs

    Une mare bien protégée afin qu’elle ne se sauve pas, puisqu’entourée d’une clôture en grillage. Les élus m’expliquent qu’à l’origine il devait s’agir de la mare du château qui se trouve tout près et auquel on accède par une allée de grands arbres, fraîche et romantique, sous des frondaisons qui eussent plu à Gérard de Nerval. Elle serait, selon eux, peu profonde, un mètre cinquante environ. Tout en discutant, je contemple la surface de l’eau molle qui se déchire par endroits à la faveur du passage de bancs de poissons. Je repère des poissons rouges et des petites carpes communes. Mon instinct de pêcheur impénitent s’en émeut. «Les agriculteurs faisaient descendre leurs chevaux équipés de barils dans la mare afin de faire le plein d’eau», explique Xavier Duval. «Mon grand-père avait failli perdre un cheval qui s’était envasé. Ça devait être dans les années 1950.» Et de poursuivre: «Le premier travail de notre nouveau mandat sera de mettre la mare en valeur. On va la faire curer, analyser les boues, préserver la faune et la flore, le tout avec des architectes spécialisés dans les mares.» Les travaux devraient débuter en octobre. Un beau projet.

    Puis, je me mets à pêcher. À cause de la clôture, l’accès est difficile; j’emmêle ma ligne. Je tente de réparer. Je sens qu’on m’observe. Soudain, un homme vient vers moi. Il s’agit d’Hervé Lotte; il réside dans la ferme d’en face, au numéro 8. Il me raconte que sa mère se souvient que les Allemands, lors de la dernière guerre, avaient construit des marches pour faire descendre leurs chevaux dans la mare afin de leur apprendre à ne pas avoir peur de l’eau. Il repart; l’histoire me reste dans la tête comme un mal de tête après cuite. Je ferme les yeux. J’imagine les envahisseurs s’avancer vers l’eau… Avant de repartir bredouille, je suis allé tenter de discuter avec un grand et beau poney roux qui broutait dans une pâture toute proche. Je lui demande si, à tout hasard, ses aïeux ne lui ont pas parlé des Fritz qui venaient faire trempette à leurs chevaux dans la mare. Il m’a regardé d’un drôle d’air, a haussé les épaules. Et je suis reparti vers Amiens. Presque une heure de route.

    PHILIPPE LACOCHE

     

    Les prélèvements de Brice Marinier, du CPIE

    «Il s’agit d’une mare urbaine en partie clôturée vaseuse et polluée par le ruissellement de lisier et hydrocarbures», constate-t-il. «Elle possède des pentes douces et abruptes à certains endroits. Les espèces floristiques: tilleul à petite feuille, marronnier d’Inde, ortie dioïque, renouée des oiseaux, érable sycomore, saule blanc. Pour les espèces faunistiques: les oiseaux: troglodyte mignon, accenteur mouchet, pic-vert, pinson des arbres, mésange à longue queue, moineau domestique, héron cendré, mésange charbonnière, hirondelle rustique et Gallinule poule d’eau (la femelle adulte et un jeune). Pas d’amphibiens mais présence de poissons rouges.»

    Dans le fond, près de l’abribus, nos bons amis d’Outre-Rhin avaient construit des marches pour que leurs chevaux descendent dans la mare. (Photo : Philippe Lacoche.)
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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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