Le Masque et la plume contre le robinet d’eau tiède

     

    Ecrivain, producteur et animateur du « masque et la Plume », sur France Inter, Jérôme Garcin était présent au dernier salon du livre de Deauville. Il a répondu à nos questions.

    Depuis combien de temps animez-vous l’émission « Le masque et la plume », sur France-Inter?

    J’anime cette émission depuis 1989, ce qui fait 24 ans. Pour une émission qui, en 2015, fêtera ses soixante ans. C’est de très loin la doyenne de toutes les émissions de radio. J’ai fêté, comme producteur-animateur, ses cinquante ans en 2005. C’est énorme! D’autant plus énorme que le public ne cesse de croître, de rajeunir – ce qui est un signe de santé. De plus, la formule, n’a quasiment pas changé depuis sa création, en 1955 par mes amis Michel Polac et François-Régis Bastide. Et cette formule plaît toujours.

    – Comment vivez-vous cette alternance entre littérature, cinéma et théâtre. En tant qu’écrivain, avez-vous un penchant pour la littérature?

    – En fait, la littérature n’est pas mon domaine de prédilection; je m’occupe de culture dans la presse depuis trente ans. Autant de théâtre, de cinéma que de littérature. La littérature, c’est mon histoire personnelle, mais professionnellement. Chaque semaine, je vois plus de films que je ne lis de livres. Ma pratique culturelle est multiple. Il ne faut oublier que le Masque, aujourd’hui sur quatre émissions, deux sont consacrées au cinéma, une aux livres et une au théâtre. C’est quand même le cinéma qui est la discipline majoritaire dans l’émission. C’est aussi le cinéma qui existe le plus les auditeurs. Selon le mot de Truffaut : « Tout le monde a deux métiers : le sien et critique de cinéma.. » C’est ce que je vis toutes les semaines, notamment avec ces jeunes auditeurs qui sont très passionnés. Le cinéma est pour eux le mode d’expression, de passion déterminant. Dans une semaine, je pars au festival de Cannes où je vais voir trois à quatre films par jour, et je dois avouer avec une plaisir et une gourmandise inouïs. Ca n’a rien à voir avec l’autre vie, celle de lecteur qui est beaucoup plus solitaire. Faire une émission littéraire par mois, c’est-à-dire évoquer cinq livres par mois – c’est dérisoire – et pour ces cinq livres, l’obligation – car c’est une émission populaire : 700 000 auditeurs et je ne compte pas les podcasts – de mettre au programme des livres dont tout le monde parle. Le Masque ne reflète pas l’actualité et la vie littéraire en général.

    – C’est la passion qui anime aussi les collaborateurs du Masque. Vous êtes, vous-même, passionné même si, parfois, vous jouez le rôle du modérateur.

    • Je joue plutôt le rôle d’un excitant ! Le Masque, c’est un spectacle. C’est ce que m’avait dit mon vieil ami Georges Charensol. C’est une mise en place, presque un protocole théâtral… Ce que j’aime beaucoup, c’est que les critiques sont face au public. L’émission se déroule dans un grand amphithéâtre; des centaines de spectateurs assistent aux enregistrements. Ca interdit tout ce que je déteste dans ce métier : les conversations d’initiés. Souvent, les critiques cinéma et de livres se parlent entre eux. En vingt-cinq ans, il m’est arrivé quelques fois de faire l’émission en direct dans un studio fermé car l’actualité exigeait que je sois présent et qu’on puisse être coupé (genre guerre d’Irak, du Koweït, etc. ) L’émission n’a plus d’intérêt. Elle devient très banale car ce sont des critiques qui utilisent une sorte de sabir pour s’exprimer… Face au public, les critiques ont tout d’un coup l’obligation de dire la vérité, de ne pas tricher, et d’être un peu poussés jusqu’à la mauvaise foi, le goût du bon mot car il faut faire rire, faire applaudir. Et être face au public, leur interdit de tomber dans la complaisance : on se soucie de ne pas déplaire à X ou à Y. C’est impossible au Masque et la plume, d’où la violence parfois. On en parle comme d’une fête hebdomadaire, mais elle peut être très très cruelle. Elle peut être d’une grande violence pour les metteurs en scène, les comédiens, certains écrivains… Certains le prennent très très mal; j’ai parfois des réactions d’une très grande violence, d’une aussi grande violence que celles qui sont exprimées à la tribune. Le succès de l’émission vient aussi de ça. Tout se dit avec violence mais aussi avec une sincérité qui tranche avec ce robinet d’eau tiède que j’entends quand j’allume la radio, la télé. Cette tribune a ce vieux devoir de vérité, ce qui lui donne de plus en plus l’image d’un village d’Astérix. Quand on voit les moyens gigantesques qui sont mis au service d’un film (c’est de l’industrie, je trouve) alors que les livres et les pièces de théâtre sont encore faits avec des moyens artisanaux… et de cette industrie, on peut dire un dimanche : « Non, ça ne vaut pas le coup. » Y compris des pièces ou des films qui portent le label Inter au sujet desquels il nous arrive de dire beaucoup de mal. C’est aussi l’une des raisons du succès de l’émission. On peut détester les critiques, mais on ne peut pas les accuser de collusion, de complaisance. Y compris pour la prescription… car l’émission est, d’après les sondages, la plus prescriptrice. Même quand on en dit du mal, il y a un débat culturel autour d’un livre, d’un film, d’une pièce. Sans débat culturel, il n’y a pas de prescription.

    • Quels sont vos goût personnels ces derniers temps. Citez-nous deux films que vous avez aimés?

    • Je viens de voir deux films qui vont être en sélection officielle au festival de Cannes. L’un est d’un cinéaste que j’adore : Asghar Farhadi, dont je suis le travail depuis quasiment le premier film et pour lequel Le Masque et la Plume a été ultra-militant. C’est un cinéaste iranien qui vit aujourd’hui en Europe qui a fait des films comme Une Séparation, un film d’une force, d’une puissance, d’une beauté exceptionnelles; cette fois, il signe son premier film en français, tourné en France, à Sevran, dans la région parisienne, avec des comédiens français (dont Bérénice Béjo et Tahar Rahim). Je me disais qu’il y avait là un gros risque de la part d’un comédien dont j’aime tant les comédiens iraniens et la psychologie iranienne… Et je tombe sur un film qui prouve qu’à Paris, à Sevran ou en Iran, un grand cinéaste reste un grand cinéaste. Il fait de Bérénice Béjo une comédienne exceptionnelle d’ailleurs… C’est toujours très mystérieux, une énigme hitchcockienne. Bref : un film pour lequel j’ai une passion. Et voilà que le lendemain je vois un autre film qui sera aussi en compétition de Paolo Sorrentino. C’est un nouveau film tourné à Rome qui est extraordinaire. Un film néo-fellinien, d’une violence pour la société contemporaine, et pour l’Italie contemporaine. Les images sont d’une beauté époustouflante. Objectivement, ce sont mes coups de coeur de la semaine dernière mais peut-être que demain…

    • Et vos coups de coeur pour les livres?

    • Je viens de lire le premier livre d’un inconnu. Pas un chef-d’oeuvre mais un premier livre époustouflant. Ca s’appelle Tu montreras ma tête au peuple. C’est un garçon qui a 25 ans et qui s’appelle François-Henri Désérable. Et c’est une série de nouvelles, de portraits de guillotinés (de Marie-Antoine, à Robespierre en passant par Danton…) J’ai appris qu’il avait 25 ans. Et écrire un livre pareil à 25 ans; de plus il est membre d’une équipe de hockey à Montpellier. Je me suis dit qu’il ne venait pas du sérail. Et mon dernier vrai coup de coeur, il y a quinze jours, chez un éditeur qui vous est cher, c’est le nouveau livre d’André Blanchard. Le gardien de musée à Vesoul. (J’en ai parlé dans l’Obs, il y a quinze jours.)

    • Et en théâtre ?

    • – Je n’ai vu la semaine que des choses qui m’ont beaucoup déplu. Donc, je n’en parlerai pas. Si j’ai vu une pièce, il y a un mois, au théâtre de La Bruyère, d’un comédien qui a retrouvé le journal d’un Poilu. Il joue seul en scène. Il commence statufié comme les monuments aux morts de notre pays. Et il se met à dire et à lire le texte de ce Poilu…

    • Quels sont vos projets littéraires.

    • J’ai publié en roman en février; il s’appelle Bleu horizon, et c’est l’histoire d’un jeune poète qui s’appelle Jean de La Ville de Mirmont, mort à 28 ans, aux Chemin des Dames, auquel j’imagine une postérité par le biais d’un frère d’arme. C’est ce que je viens de publier. Et je travaille à un autre livre dont je ne parlerai pas car je suis superstitieux; il s’agit d’un récit.

    • Vous aimez le genre du récit.

    • Je suis quelqu’un qui s’est mis à écrire tardivement. Et exclusivement, – au début – de manière assez thérapeutique, pour dire sur ma propre vie, sur des drames que j’ai connus, pour dire des choses que j’avais gardées en moi toute ma vie. Je suis venu à l’écriture par le biais de l’autobiographique. C’est-à-dire la mort d’un père très tôt, la mort d’un frère jumeau sous mes yeux; des choses qui m’ont marqué…

    • Vous avez l’honnêteté d’écrire « Récit » sur la couverture. Et pas roman. Pourtant, nombreux sont les écrivains qui se dissimulent sous la fiction…

    • Le lecteur que je suis déteste ça… La littérature française a cette chance inouïe d’avoir établi des genres. La fiction, c’est la fiction; le roman, c’est le roman. Il y a des raisons plus mercantiles que littéraires de mettre roman sur des autobiographies sous le prétexte que le roman a plus de chance soit de se vendre, soit de récolter un prix. Quand on écrit un récit sur soi, pas la peine de tricher. Quand j’écris sur la mort de mon frère, mettre roman sur le livre eût été presque un crime de lèse majesté. Donc je ne triche pas. Quand, j’écris des romans c’est parce que la fiction y est plus importante que l’aspect autobiographique.

    Propos recueillis par

    Jérôme Garcin, critique littéraire, animateur-producteur du Masque et la Plume, écrivain. Deauville. Mai 2013.

    PHILIPPE LACOCHE

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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