Les croisades, quelle aventure !

    Avec « Belle d’amour », Franz-Olivier Giesbert nous donne à lire un délicieux roman foisonnant, généreux et original.

    Euphémisme de dire

    Franz-Olivier Giesbert : une passion pour le Moyen-Age et la chevalerie.
    Franz-Olivier Giesbert, écrivain, journaliste. En Juin 2013, lors d’une séance de dédicaces à la librairie Martelle, à Amiens.

    que Franz-Olivier Giesbert ne manque pas d’imagination. Son imaginaire romanesque coule à profusion. C’est torrentiel, délicieux. Il nous conte ici les pérégrinations de Tiphanie, dite Belle d’amour, une jolie jeune femme du XIIIe siècle. Elle sert dans une pâtisserie, devient aide bourreau dans un Paris moyenâgeux magnifiquement décrit ; elle suit Louis IX dans sa croisade en terre sainte. On ne lâche pas ce roman d’une générosité épatante. L’écrivain a répondu à nos questions.

    Qu’est-ce qui vous a conduit vers ce thème du Moyen Age au temps des croisades ?

    Je suis fasciné depuis longtemps par le Moyen-Age et les croisades où se côtoient le pire et le meilleur, l’inquisition et la chevalerie, sans parler de l’amour courtois. J’ai toujours eu envie de raconter une histoire qui se passerait pendant cette période où la confrontation entre l’islam et le christianisme reste toujours actuelle. Quand me sont apparus le visage et le personnage de Tiphanie, j’ai su que je pouvais commencer mon roman.

    Tiphanie, dite Belle d’amour, a-t-elle existé, ou est-elle un personnage de fiction ?

    Le romancier que je suis, a du mal à répondre à cette question. Historiquement, « Belle d’amour » n’a pas existé mais j’ai le sentiment qu’elle est vivante, comme tous les personnages de mes romans précédents, Rose de La cuisinière d’Himmler comme Lucile de L’arracheuse de dents. Quitte à passer pour fou, la vérité m’oblige à dire que Tiphanie m’a dicté son histoire, au petit matin, quand j’écrivais, comme si elle était le véritable auteur du livre : elle parle à travers moi.

    Comment avez-vous travaillé pour élaborer ce roman (recherches dans les archives, lectures nombreuses, films, etc.), et combien de temps vous a pris la rédaction ?

    J’ai travaillé comme un chien. J’ai amassé la documentation pendant plusieurs années. Après quoi, j’ai mis un an pour écrire Belle d’amour. J’écris toujours dans la joie, j’allais dire dans une forme d’extase, mais là, j’ai plus souffert que d’habitude, j’en ai même bavé ! Il y a eu trois versions de Belle d’amour.

    Vous avez truffé vos dialogues de mots d’ancien français. C’est délicieux. Aviez-vous, avant « Belle d’amour », des notions de cette langue qui fut la nôtre ?

    J’aime la langue française et ses mots anciens, si gourmands, qui ont trop souvent disparu. J’en truffe mes romans pour les faire renaître. Tenez, pourquoi n’utilise-t-on plus le mot « fruition » qui veut dire la montée du désir ? Avec le Moyen-Age, période très inventive, j’espère que les lecteurs se régaleront !

    Vous faites aussi des incursions dans notre époque. Et vous émettez des idées, notamment sur l’islam. Quel message – si message il y a – avez-vous souhaité faire passer ?

     Belle d’amour est un roman d’aventures, avec des rebondissements et des personnages puissants. Ce n’est pas un essai. Je ne l’ai pas écrit pour délivrer un message, sinon un message de tolérance. Mais je reconnais que j’éprouve une certaine méfiance vis-à-vis du politiquement correct qui nous fait raconter à l’envers une Histoire que j’essaie de remettre à l’endroit : l’Occident n’avait pas tous les torts quand il a lancé les croisades, c’est une contre-vérité de l’affirmer. Il y avait des raisons objectives : la destruction par les musulmans du tombeau du Christ à Jérusalem ; l’interdiction faite aux pèlerins chrétiens de se recueillir devant ses ruines ; enfin, les incessantes incursions ou invasions sarrasines depuis l’Espagne : elles nous ont empoisonné la vie pendant des siècles. On oublie toujours, par exemple, qu’une ville Narbonne fut longtemps un califat !

    Souvent, vous rendez hommage à la chevalerie et à son esprit. Comment définiriez-vous ceux-ci et qu’est-ce qui vous séduit chez eux ?

    Je suis fasciné par la chevalerie. Il y a dedans quelque chose de résolument moderne, l’exaltation de valeurs qui sont plus que jamais d’actualité : la justice, l’équité, la fraternité, l’amour, l’honneur, etc. Certes, la chevalerie a souvent été pervertie mais, dans l’ensemble, elle a beaucoup apporté.

    Vous décrivez très bien le Paris du Moyen Age. Comment êtes-vous parvenu restituer les atmosphères, les ambiances, les odeurs, et même parfois les sons ?

    Pendant des années, j’ai acheté des livres anciens sur l’histoire de Paris. Il m’a suffi de me plonger dedans. C’était une ville très bruyante et très sale, où l’on jetait ses ordures ou ses rebuts dans les rues, envahies de cochons. Elle devenait brusquement noire et silencieuse quand la nuit tombait : il était alors interdit de travailler à cause des risques d’incendie, causé par les bougies. Ce qui a laissé la formule de « travail au moi. ».

    Après « La Cuisinière d’Himmler » et « L’Arracheuse de dents », c’est encore un portrait de femme que vous nous proposez. C’est aussi un bel hommage que vous rendez à la féminité.

    Je ne me lasserai jamais de rendre hommage aux femmes. Je dis souvent que je suis une femme et c’est vrai que dans mon entourage le plus proche, il n’y a pratiquement que des femmes. Sans oublier que je suis reine des confitures d’abricots ou des salades de pâtes. Et puis que serait la vie sans femme ? On ne peut pas vivre sans amour…

                                  Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

    Belle d’amour, Franz-Olivier Giesbert ; Gallimard ; 373 p. ; 21 €.

     

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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