Les éclats de la folie et de l’absurdité

     

    Jean Rouaud, écrivain, Prix Goncourt en 1990.
    Jean Rouaud, écrivain, Prix Goncourt en 1990.

    Dans «Éclats de 14», Jean Rouaud, Prix Goncourt 1990 pour ses Champs d’honneur, revient sur la Grande Guerre pour en décrire l’horreur.

    La Grande Guerre, Jean Rouaud, il connaît. Non pas qu’il l’ait faite, un peu trop jeune pour ça. En revanche, il a su très bien en parler notamment avec ses Champs d’honneur, couronné par le Prix Goncourt en 1990. Avec Éclats de 14 (joli titre!), il renoue avec l’époque. Et l’horreur. Car ce passionnant petit livre eût tout aussi bien pu s’appeler Champs d’horreur. L’éditeur a bien résumé le charnier géant en quatrième de couverture: «(…) cette folie par laquelle des vieillards qui ne combattront pas décident d’envoyer leurs fils à la mort, la stratégie suicidaire de l’état-major prônant l’offensive qui mène des centaines de milliers d’hommes à l’abattoir…»

    Mourir aux éclats

    Jean Rouaud n’y va pas avec le dos de la baïonnette. Lorsqu’il évoque le centre neurologique de Saint-Dizier, dans la Haute-Marne, il rappelle que pour les antibiotiques, «on attendra la prochaine guerre. Pour l’heure on ampute, on trépane, on répare les palais arrachés avec des plaques d’inox, et on envoie au centre neurologique de Saint-Dizier les hommes rendus fous par la folie de la guerre, les seuls véritablement raisonnables, que les grands spécialistes du cerveau soupçonnent de simuler pour ne pas repartir au front. Allons, comme si la guerre pouvait vous faire perdre la tête.» Les collines pilonnées, elles aussi perdent la tête. La terre est dévastée, gorgée de sang. Et puis, il y a la pluie «qui prend le pouvoir et impose son humeur de bourre noirâtre sur les champs d’une bataille immobile. On ne chante ni ne danse sous les pluies de la Marne et de la Somme. On y croupit.» La flotte; c’est terrible. Des blessés crient pour qu’on les porte hors des boyaux où ils se noient. La flotte mais aussi le vin absorbé en très grande quantité: «Un soldat a tendance à davantage faire fi du danger quand il a un coup dans le nez. Au moment de sortir du couvert de la tranchée au lieu du pistolet d’ordonnance brandissons un carafon. C’est ainsi que la dose journalière, à mesure que le moral des troupes baissait, augmentait, passant d’un quart à un demi, puis trois-quarts de litre de vin, et bien davantage pour certains, le vin brandi comme le nouvel étendard de la civilisation contre la bière barbare.» Parfaitement bien écrit, ce petit livre détient un ton qui ne fait qu’ajouter à l’horreur. Mourir aux éclats avec Jean Rouaud.

    PHILIPPE LACOCHE

    Éclats de 14, Jean Rouaud, éditions Dialogues, illustration Mathurin Méheut. 95 p.; 14 €.

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