Malaval, suicidé dans les glaciales eighties

                                    Franck Maubert dresse le portrait du peintre talentueux et torturé, mais aussi et surtout celui d’une époque excessive et inquiétante. Très réussi.

        Franck Maubert est, sans conteste, l’un des meilleurs écrivains français actuels. Il oscille entre une manière de classicisme éclairé et agréable dans le style, et des choix de sujets surprenants, voire déroutants. Il faut lire en particulier Le Dernier Modèle, Mille et une nuits (Prix Renaudot-Essai 2012) et Villa close (Ecriture 2013), livres remarquables de pertinence, d’élégance et de clarté. Il nous donne à lire aujourd’hui Visible la nuit qui n’est rien d’autre qu’un portrait sensible et émouvant du peintre Robert Malaval, artiste complexe, magnifique et torturé, suicidé à l’aube des années 1980.

        On le découvre grâce au narrateur, Momo (un double de Maubert), passionné par l’art, qui, grâce à deux amis, rencontre Malaval dans une galerie. Un courant d’amitié les traverse. Le peintre, très connu, adulé dans les sixties, notamment avec l’Aliment blanc, rencontre moins de succès. La critique l’oublie ; les marchands d’art regardent ailleurs. Malaval en souffre ; cela ne l’empêche pas de créer.

         C’est son parcours que nous conte Maubert ; il en profite pour dresser, en creux, le portrait d’une époque, ces eigthies post-punk, complètement folles, pleines à ras bord de dope, de picole, de coke, de rock’n’roll. On y croise des groupes de rock dont les noms résonnent encore dans les cerveaux des quinquagénaires : Extraballe, Jean-Louis Aubert et Téléphone, et son ami, le regretté Olive, fondateur de Lili Drop et créateur de « Sur ma mob ».  On y entend « Honky Tonk Women », « Jumpin ‘Jack Flash », le Let it bleed, des Stones; on y croise Daniel Cordier, le grand Résistant, secrétaire de Jean Moulin, passionné d’art contemporain, l’inoubliable Pacadis, Dali, Jean-Pierre Léaud, Bernadette Lafont, l’excellent Jean-Pierre Kalfon (qu’il ne faudra pas manquer,

    Franck Maubert : il aime la littérature et la pêche à la ligne. Et l'art, of course! C'est un excellent écrivain.
    Franck Maubert : il aime la littérature et la pêche à la ligne. Et l’art, of course! C’est un excellent écrivain.

    lundi 17 novembre, à Amiens, puisqu’il vient, dans le cadre du Festival international du film, présenter, à 17 heures, au Gaumont, Une étrange affaire, de Pierre Granier-Deferre, et donner, à 20h30, au Fossilek, 10, place Saint-Michel, un concert avec son groupe PIB). On y parle du Gibus ; on suit même Aragon qui, fait des avances, de manière un peu répugnante, à Robert et à Momo qui, par admiration, l’ont reconnu et suivi dans la rue pour lui tenter de lui parler de son œuvre.

        Et, page 194, il y a cette sublime description de Créteil, ville nouvelle, déprimante à souhait, avec sa « modernité » excessive, un clinquante et froide comme la coldwave. A l’image de ses eighties, angoissantes, glaciales, inquiétantes avec la montée du sida et du tout économique. Franck Maubert réussit son coup : il nous passionne, nous émeut, nous bouleverse. C’est un grand roman qu’il nous donne.

                                                 PHILIPPE LACOCHE

    Visible la nuit, Franck Maubert, Fayard, 206 p.; 17 €.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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