Patrick Dewaere: un fauve en cristal

    Enguerrand Guépy évoque les dernières heures de la vie de Dewaere, comédien exceptionnel.

    À quoi reconnaît-on un bon livre? Au fait qu’il ne soit pas lisse, qu’il dérange, agace, révolte, enchante. Et qu’il nous présente un personnage hors-norme, dérangeant, cinglé, détestable, charmant, etc. Oui, toutes ces règles, on les connaît on est un tant soit peu dans le métier, qu’on lit des kilogrammes de livres. Ce n’est pas aussi simple. Ça fonctionne ou ça ne fonctionne pas, un livre.

    Enguerrand Guépy vient d'écrire un excellent livre sur les diers instants de Patrick Dewaere. Du style, de la vivacité, de l'émotion.
    Enguerrand Guépy vient d’écrire un excellent livre sur les derniers instants de Patrick Dewaere. Du style, de la vivacité, de l’émotion.

    Il était certainement

    le comédien le plus doué de sa génération. Le plus authentique. Le plus grillé de l’intérieur.

    C’est comme en amour. Etrange, bizarre. Drôle d’alchimie. Ici, ça prend. Allez savoir pourquoi? Ce livre est bon; c’est indéniable. Et pourtant, il faut en faire des efforts pour tomber sous le charme de Patrick Dewaere. Bien sûr, il était certainement le comédien le plus doué de sa génération. Le plus authentique. Le plus grillé de l’intérieur. Le plus cintré. Bien sûr que s’il n’avait pas choisi de se tirer une balle de 22 LR (arme que lui avait offerte Coluche) dans la bouche, il serait devenu le plus grand. Peut-être le plus grand de tous les temps. Mais quel emmerdeur! Quel égotiste! Quel fêlé. Il devait être imbuvable. La force du livre d’Enguerrand Guépy est de ne pas vouloir nous prouver le contraire. Et c’est bien. On prend le Dewaere tel qu’il devait être. Complexe, sinueux comme une sale petite rivière de plaine. Imbuvable. Humain. Tout simplement. Broyé, comme la plupart d’entre nous, à part que nous, on n’est pas forcément comédien, artiste, écrivain. Patrick Dewaere était un écorché vif. Abusé sexuellement quand il était jeune? Certainement. Victime d’une mère pas terrible (Mado Maurin) qui ne lui avoua que fort tard qu’il n’était pas le fils du père qu’il croyait être le sien. Tout ça, ça forge un homme. Ça le détruit plutôt. Dewaerre était détruit. C’est pour ça qu’il joue si bien. Du reste, il ne joue pas, il n’interprète rien. Il est le personnage qu’on lui confie. Quand le personnage doit se fracasser la tête contre le mur, il refuse la doublure; il se cogne la caboche. Quand Lelouch lui a proposé d’être Cerdan, il s’est remis à la boxe; il a frappé. C’eût pu être pour lui un grand rôle. Ce sera son dernier. Même pas puisque le film ne sortira jamais; au moment des dernières répétitions, en été 1982, il se tirera une balle dans la bouche. La dope, la drogue dure, les femmes, leur brutalité indéniable quand elles rompent. Tout ça figure dans ce livre qui retrace les dernières heures de la vie de ce comédien exceptionnel. De ce type authentique, cabossé. Lelouch ne sortira pas indemne du suicide de Dewaere: «Non, ce n’était pas un fauve ni un fou. C’était juste du cristal», confiait-il lors d’une conférence de presse. Du cristal qui s’est brisé le 16 juillet 1982.

    PHILIPPE LACOCHE

    Un Fauve, Enguerrand Guépy; éd. du Rocher; 191 p. 17,90 €.

     

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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