Piazza : un Vialatte mondialisé et à bicyclette

      Vingt-huit textes, entre récits et fables, portraits délicats et émouvants, œuvre d’un écrivain discret au talent indéniable: Antoine Piazza.

    Antoine Piazza est un écrivain discret, d’un talent indiscutable et d’une modestie qui l’honore. Très loin des salons germanopratins, des conversations floristes, deux-magotistes ou lippues, il œuvre sans bruit dans sa lointaine ville de Sète, fidèle à son aussi sudiste éditeur le Rouergu

    Antoine Piazza : des portraits délicats et émouvants.
    Antoine Piazza : des portraits délicats et émouvants.

    e et à sa collection la Brune. Tout cela forme un tout, un personnage, un univers romanesque et littéraire. Presque une légende. Instituteur – ce n’est pas lui faire injure de dire «presque à l’ancienne» avec tout ce que cela comporte comme dose républicaine, fraternelle et humaniste–, il s’intéresse à tout, aux gens d’abord, aux paysages, à la géographie, aux climats. Aux écrivains bien sûr; comment pourrait-il en être autrement? Sa culture est importante et précise; pudique, il l’excipe peu, la considère comme un outil utile pour mieux comprendre son prochain et le monde assez effrayant dans lequel on vit. C’est un honnête homme qui ne manque pas d’humour comme en témoigne son sourire teinté de mélancolie qui transperce les verres de ses lunettes larges et rondes. Il nous a donné à lire, depuis la toute fin du siècle précédent, avec calme, huit livres adorables et puissants, écrits dans un style inimitable, dont l’assez fabuleux Les Ronces (la Brune, 2006; Babel nº 904). Sa discrétion et sa vie sétoise ne l’empêchent pas d’adorer voyager. Notamment à pied (les quelques écrivains qui ont eu la chance de le voir parcourir avec énergie les monts qui entourent la villa Marguerite-Yourcenar, dans le Nord, où il fut en résidence il y a quelques années, peuvent en témoigner) et à bicyclette. Son dernier livre, Histoires et géographies, en témoigne également avec vigueur. Vingt-huit textes – récits, nouvelles, proses – issus de sa sensibilité. «Tour à tour arpenteur minutieux de territoires lointains et chroniqueur attaché aux destinées insolites, Antoine Piazza a puisé dans ses voyages et ses souvenirs…» indique l’éditeur en quatrième de couverture. Et on se régale. Dans «Murrayfield», il dresse un portrait émouvant de Pascal Féral, rugbyman, ancien deuxième ligne («qui attrapait les Anglais par les oreilles»), devenu représentant chez Ricard; autres portraits succulents, celui du lieutenant Columbo, et celui de Samuel Beckett qui passa les trente dernières années de sa vie dans le village d’Ussy-sur-Marne, en Seine-et-Marne. Quel bonheur de se régaler de l’humilité raisonnée et mélancolique de l’écrivain Antoine Piazza. Tissée d’une écriture précise, simple, ronde et belle comme celle d’une craie blanche sur le tableau vert, Piazza nous sert tout frais et tout cru des manières de petites fables, dans lesquelles il développe une certaine idée du bonheur: «Je n’avais aucune envie de me trouver ailleurs», écrit-il au détour d’un texte. En neuf mots, il définit, ce bonheur. Cette limpidité rassérénante ne peut être que l’œuvre d’un grand écrivain. Antoine Piazza en est un.

                                                                  PHILIPPE LACOCHE

    Histoires et géographies, Antoine Piazza; éd. du Rouergue, coll. la Brune; 105 p.; 13,50 €.

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