Poètes, malgré la souffrance

                                    

    Jacques Béal est l'auteur de la très belle anthologie "Les Poètes de la Grande Guerre", parue aux éditions du Cherche-Midi.
    Jacques Béal est l’auteur de la très belle anthologie “Les Poètes de la Grande Guerre”, parue aux éditions du Cherche-Midi.

        En 1992, Jacques Béal publiait son anthologie –la seule et unique– des Poètes de la Grande Guerre (éditions Cherche Midi. Il y a vingt ans, Nicolas Auvray arrive comme administrateur de la Comédie de Picardie à Amiens. Et pour son anniversaire, Jacques lui offre son ouvrage, qui venait de sortir. Il y a trois ans, Auvray recontacte l’écrivain-journaliste amiénois: «Jacques, j’ai toujours ton livre. Et je prépare quelque chose autour de cette thématique.» C’est comme ça que tout a commencé, pour se conclure par ce spectacle Où est tombé ma jeunesse, mis en scène par Jean-Luc Revol, avec Tcheky Karyo en récitant…

    Pouvez-vous nous présenter ce spectacle »

    C’est moi qui ai eu l’idée du titre. Mais c’est en fait un titre d’Apollinaire. Pour moi, c’est lui le poète le plus important lié à la Première Guerre mondiale. Il y a bien sûr Blaise Cendrars que j’aime également beaucoup, mais pour la poésie pure, c’est Apollinaire. Je trouve que l’associer au termes «jeunesse», «tombée», ça pouvait être un bon titre. Ensuite on a cherché l’acteur qui pourrait porter ces poèmes sur scène. Plusieurs noms ont été évoqués et c’est Tchéky Karyo qui a été retenu.

    Ce spectacle n’est pas une simple lecture.

    Non, car Tchéky Karyo a appris les textes par cœur. Ce qui m’a fait plaisir, c’est qu’il m’a dit qu’il avait vraiment envie de s’investir dans ce projet. Pour lui, ce n’est pas un spectacle comme ça, en passant. Là, il récite, il ne lit pas. Il va jouer comme un acteur. C’est très différent. Il s’agit donc d’un spectacle musical. C’est une co-production franco-britannique entre la Région Picardie et les régions limitrophes en Angleterre. On a donc choisi des poésies françaises, et la musique qui entrecoupera les récits, sera constituée d’airs de l’époque interprétés en direct par des jeunes musiciens (dont un ténor plein d’avenir: Edmund Hastings). C’est Jean-Luc Revol, qui a obtenu un Molière il y a quelques années et qui est spécialiste du spectacle musical, qui fait la mise en scène. C’est lui a trouvé les chanteurs et les musiciens (avec la complicité de l’Orchestre de Picardie) et qui a trouvé une université très cotée en Angleterre pour réaliser la scénographie et les décors. Pour les textes, j’ai choisi les poèmes pour expliquer la guerre. La poésie est l’art de la concision, de l’émotion. La plupart des poèmes ont été écrits dans les tranchées. C’est beau d’associer la musique, la poésie, la littérature pour se souvenir de tous ceux qui ont écrit.

    Comment avez-vous effectué la sélection des poèmes pour le spectacle?

    Il y a un parti-pris du metteur en scène; parti-pris auquel j’ai souscris. Dans mon anthologie figurent des poèmes «va-t-en-guerre», comme un de Paul Claudel – grand poète mais qui était dans le confort de l’institution, à Paris. C’était un poète national. Il disait, «les p’tits gars allez-y! Allez-y!». Jean-Luc Revol n’a pas retenu les poètes qui, sur leur prestige, incitaient au patriotisme. Il a plutôt retenu les réfractaires, les gens dans la souffrance. Il y figure aussi un très beau poème de Blaise Cendrars sur Paris: au Jardin du Luxembourg, de jeunes enfants jouent à la guerre et, déjà, des invalides arrivent dans la ville en fête. En revanche, j’ai insisté pour que soit retenu un poème d’Apollinaire. J’ai rédigé une introduction assez sensible sur ce doux nom du Chemin des Dames mais qui, au cours de la guerre, deviendra une horreur. Dans cette introduction, j’ai mis mes tripes par rapport à ce que je ressentais.

    Propos recueillis par

    PHILIPPE LACOCHE

     

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    À la recherche du Besson perdu…

         L’auteur d’«Ah?! Berlin», ne perd jamais son temps : qu’il pense ou ...

    Henry Miller, le bienheureux en Espagne

    Non seulement vous y découvrirez les aisselles appétissantes et non épilées d’Eve, sa jeune ...

    L’art de l’argot

         Avec « les princes de l’argot », François Cérésa propose un livre rafraîchissant, bien documenté, drôle, ...

    La voix de la rose

    Albertine Sarrazin. En rédigeant cet article, je me demande ce qui, au fond, a ...

    L’enfer selon Jérôme Leroy

      L’excellent écrivain sort un recueil d’une cinquantaine de nouvelles aussi courtes que percutantes. ...

    Les mauvais coups

    Laissons les polémiques. « Orléans », de Yann Moix, est un livre sublime. Le père me ...