“Service littéraire” : le journal sur les écrivains fait par des écrivains

       Fondateur de ce mensuel original et sans concession, François Cérésa explique l’esprit singulier de cet excellente revue.

    Créé par l’écrivain et journaliste Fr

    François Cérésa présente le numéro consacré à Sagan.

    ançois Cérésa en 2007, la revue mensuelle Service littéraire propose une critique exigeante de l’actualité du livre. Singulier par sa liberté de ton, il est exclusivement rédigé par des écrivains. Résultat : une grande qualité et un regard sans concession sur romans, nouvelles, récits et essais. Explications.

    François Cérésa, vous êtes le fondateur de revue « Service littéraire ». Quand, comment et pourquoi cette création ?

    La revue a été créée il y a presque neuf ans ; l’important, c’est de tenir. Donc, nous tenons ; nous ne faisons pas des chiffres de vente mirobolants, mais nous sommes tout de même lus par environ 2500 personnes, dont mille abonnés. Pour un petit journal artisanal qui se fait dans un appartement, ce n’est pas si mal. La rédaction est constituée de bénévoles pour la plupart et qui ne pas sont des inconnus. J’ai lancé ce journal parce que tous les journaux qui existaient ne me convenaient pas ; je me suis dit : « Tiens ! C’est amusant ; je vais essayer de faire un journal avec les gens qui sont mes amis. Et qui sont eux-mêmes des écrivains. » L’idée m’est donc venue de faire un journal d’écrivains fait par des écrivains. La phrase d’Albert Camus (« J’ai une patrie : la langue française. »), en exergue, c’est un hommage à Jean Daniel qui fut mon patron au Nouvel Observateur (Jean Daniel a déjà fait deux articles dans le journal, au même titre que Maurice Druon – qui en fut le parrain de la revue -, Michel Déon qui vient de nous quitter… Des gens venus d’horizons divers.) Je voulais faire un journal dans l’esprit de ce que furent Le Quotidien de Paris ou Les Nouvelles littéraires, c’est-à-dire pas d’oukase, pas d’interdit ; Claude Cabanes, par exemple, écrivait dans Service littéraire. Jérôme Leroy aussi… Il y a des marxistes ; des gens qui viennent du Monde (comme François Bott, Roland Jaccard, etc.) ; Annick Geille, Gilles Martin-Chauffier, Eric Neuhoff, etc. Des gens de milieux prolétariens, de milieux bourgeois, des hussards, des non-hussards… La seule chose qui réunit ces gens-là : c’est qu’il n’y ait pas de langue de bois. C’est moi qui aie mis cette empreinte.

    Vous étiez journaliste au « Nouvel Observateur ». C’est votre passion pour la littérature et votre goût pour la liberté qui vous a conduit à cette création ?

    J’ai été très peiné que des gens qui étaient très proches de moi (Louis Nucéra, Alphonse Boudard, Jacques Laurent) aient disparu avant que je lance le journal. Ils auraient été très contents d’y participer et ça nous aurait fait d’autres belles plumes. C’est vrai qu’aujourd’hui il y en a déjà comme Me Philippe Bilger, un avocat loyal, sympathique et formidable. Oui, il y a des gens de tous horizons. Beaucoup d’avocats, et même le juge Lambert, qu’on appelait le Petit Juge à l’époque de l’affaire Grégory. Il y a aussi des femmes comme  Stéphanie des Horts, Ariane Bois, Patricia Reznikov, Sylvie Pérez (qui est mariée avec un type très sympa qui se nomme Gérald Sibleyras qui est un dramaturge de très grande qualité ; il est plus reconnu en Angleterre qu’en France). Il y a aussi des jeunes comme Maxence Caron.

    Ce sont les écrivains qui proposent leurs articles ?

    En général, ce sont eux car ils savent quel est l’axe et l’esprit du journal. De temps en temps, ça fait du bien de déboulonner de fausses valeurs. Nous ne sommes jamais d’accord avec l’unanimité de la presse. On écrit ce que l’on pense ; et on pense que qu’on écrit. Je n’impose rien ; j’organise des réunions deux fois par an, dont la fête de Service littéraire. Il n’y a pas de conférences de rédaction ; ce sont elles qui ont tué les journaux. Des conférences de rédaction dont rien ne ressort. J’ai les collaborateurs au téléphone ; je déjeune avec eux.

    L’esprit de « Service littéraire » est un peu celui du « Canard enchaîné ».

    Je dirais que c’est un mélange. Il y a effectivement huit pages comme Le Canard enchaîné. Quand j’étais au Nouvel Observateur, j’étais très ami avec Cavanna et le professeur Choron. J’avais interviewé Cavanna ; c’est aussi le fait qu’il était, comme moi, d’origine italienne. Il était aussi de l’Est de Paris (Nogent-sur-Marne), comme mon père qui était de Charenton. Il y a donc aussi un peu de l’esprit de Charlie Hebdo dans Service littéraire. Mais aussi, des Nouvelles littéraires et du Canard enchaîné. Il y a tellement de dérision à notre époque, que je ne veux pas qu’il y ait autant de dérision. Je n’aime pas tout tourner en dérision ; je trouve ça débile, mais dans Service littéraire, il y a de l’ironie, de l’humour.

    Comment « Service littéraire » est-il diffusé ?

    C’est nous qui faisons la distribution. Ce n’est pas comme l’ex-NMPP ; tous les kiosques ne peuvent pas être servis. Certains libraires l’ont ; d’autres ne l’ont pas. Les kiosques qui le diffusent sont essentiellement parisiens. Dans les grandes villes de France, il est distribué mais dans des points de ventes peu nombreux.

    L’abonnement fonctionne très bien.

    Oui, mais je ne dis pas que ce journal ne devrait se vendre que par abonnement. L’abonnement, c’est un peu la mort des journaux ; la vie des journaux, c’est de pouvoir les acheter dans un kiosque ou dans une librairie. Mais quand on n’a pas beaucoup d’argent, on est obligé de se débrouiller comme on peut ; c’est de l’artisanat.

    Quel sera la une du prochain numéro ?

    Ce sera sur Jean-Edern Hallier à propos de la biographie que lui a consacrée Jean-Claude Lamy. Jean-Edern Hallier qui fut aussi le créateur de L’Idiot international qui nous a également un peu influencés.

                                     Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

    Service littéraire, 24, rue de Martignac, 75007 Paris. 01 47 05 25 64 ; redaction@servicelitteraire.fr

     

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Un polar qui sent la terrine de lapin et la France qu’on aime

    Entre Simenon et Audiard, Thomas Morales nous livre un succulent deuxième volet des enquêtes ...

      Un libertin amoureux, un nihiliste vivifiant

      Roland Jaccard nous donne à lire un roman délicieusement amoral, jouissif et plein ...

    Au fil de Creil sur le site de 20 Minutes

    Une interview dans 20 minutes sur “Au fil de Creil”. http://www.20minutes.fr/livres/1059353-au-fil-creil-philippe-lacoche-chez-castor-astral-begles-france Commentez ou exprimez-vous ...

    Entre meurtres et gastronomie fine

        Journaliste culinaire, Michèle Barrière propose «Mort à bord», un roman vif et ...

    Denis Tillinac tout au fond l’enfance

    Le romancier propose un récit très autobiographique. Intime, sincère et touchant. François s’efforçait de ...

    Franz-Olivier Giesbert est devenu journaliste par hasard

      C’est ce qu’il confie dans l’entretien qu’il nous a accordé à l’occasion d’une ...