Un roman d’une poignante sincérité

    François Cérésa : on le savait facétieux, brillant, plein de panache et d’humour libertaire. On le retrouve ici tendre et émouvant dans ce livre à un ami défunt.

     Roman ou récit ? Récit plutôt, car, on le sent bien, malheureusement, tout est vrai. Même si François Cérésa, en bon romancier, a su utiliser les atmosphères, les subtilités et les nuances du genre. Cérésa déroule le fil de ses souvenirs, de sa bande de copains, sept au total, dans le Paris des seventies. Ils sont tous bien allumés, passionnés, ne manquent ni d’audace, ni de panache, s’adonnent avec gourmandise à divers excès. L’après Mai 68 n’est pas loin. Les années sont folles, sulfureuses. Délétères pour certains. Ce sera le cas pour le plus fragile d’entre eux, Nanard. Le plus proche du narrateur aussi : « L’autre jour, en allant rue Boulard, je suis passé rue Brézin. Tu habitais là. Un enfant du XIVe. On t’appelait Nanard. Nanard, ça fait film raté. Ça fait aussi Jojo, comme une chanson de Brel. « Voici donc quelques rires, quelques rêves, quelques blondes… ».Qui connaît encore Brel ? Tout cela est bien ancien. Tu étais mon double, mon frère, mon ami. On s’est connus en troisième, chez mes maristes. Collège Stanislas. On avait 14, 15 ans. C’est vrai, ces derniers temps, dans le tourbillon de la vie, on se voyait moins. Tu aurais pu être Jules, et moi Jim. Qu’est devenue la bande d’autrefois, je te le demande. Tu ne répondras plus. Ce 28 août 2012, j’ai fait le compte. Nous ne t’avions pas vu depuis six mois. Pour nous, un bail. »

    Le ton est donné. Nostalgie ? Bien sûr. Mais jamais de ton larmoyant. Ce n’est le genre du narrateur, ni celui de Cérésa. Pas celui de Nanard non plus. Nanard qui n’est plus. Le colosse s’est suicidé. « Tout au bout de la rue Boulard, on aperçoit un mur avec des frondaisons. Tu reposes de l’autre côté. Cimetière Montparnasse. Dans le caveau familial. Dans une petite urne. On t’a incinéré à Clamart. J’ai toujours pensé que tu brûlais la vie par les deux bouts. La preuve, pour fêter des 59 ans, tu t’es suicidé. Bon anniversaire, Nanard. » Le narrateur nous dresse un portrait tout en nuances de ce drôle de Nanard, insaisissable, qui, comme beaucoup d’entre nous, pauvres petits humains, tente de garder la face tout en sachant que tout est plombé d’avance. Pas de larmes, non. Juste une sorte d’absurdité qui finit par vous envahir. Un joli mot résume cet état : la mélancolie. Souvent, elle vous tire par la main et vous entraîne au bord du gouffre. Certains sautent dans le vide ; d’autres pas. On n’est pas égaux devant ces choses-là. Calet, Vailland, Sartr

    François Cérésa : excellent écrivain, fondateur de la revue "Service littéraire".
    François Cérésa : excellent écrivain, fondateur de la revue “Service littéraire”.

    e et quelques autres l’ont assez rabâché. On est en droit de ne pas leur donner tort. « Si j’écris maintenant, c’est pour ne pas oublier ceux qui partent trop tôt, beaucoup trop tôt. Comment faire autrement ? Je voudrais te dire mon amitié pour avoir trop souvent oublié de te le dire de ton vivant. » Voilà qui est fait, cher François Cérésa. Votre Nanard, on n’est pas près de l’oublier. Votre livre non plus car il est poignant, sincère. Fraternel.

    PHILIPPE LACOCHE

     

    Mon ami, cet inconnu, François Cérésa, éd. Pierre-Guillaume de Roux ; 174 p. ; 19,50 €.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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