Un roman sur la transmission

        Voilà ce que nous propose Valère Staraselski avec « Le Parlement des cigognes », son dernier roman. Indispensable pour se souvenir de l’horreur du nazisme.

    Valère Staraseleski n’est pas seulement l’un des meilleurs écrivains de sa génération ; il sonde aussi les tréfonds de l’Histoire pour en ramener des romans souvent émouvants, voire capitaux. C’est le cas de son dernier, Le Parlement des cigognes, édité au Cherche Midi. Il a répondu à nos questions.

     

    Quel a été le déclencheur de votre roman Le Parlement des cigognes ?

    Le déclencheur a été les visites de Varsovie et Cracovie. L’actuelle et l’ancienne capitale de Pologne. D’abord, la quasi absence du ghetto à Varsovie – reste un petit pan de mur -, alors que l’insurrection du ghetto de Varsovie occupe une place symbolique très forte dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Et puis, à Cracovie, ce terrain vague où a été érigé le camp de Plaszow que l’on voit dans le film de Spielberg La liste de Schindler. Le film,  – chef d’œuvre -, Ida comme celui Cours sans te retourner ont pesé également dans ma décision de me lancer dans ce roman. Ce qui se passe en Pologne aujourd’hui à l’égard du passé, également…

    S’agit-il d’une pure fiction ou ce texte est-il teinté de réalité, d’autobiographie ?

    La première partie est pure fiction à l’exception des faits rapportés par David. Quant à la seconde partie, aussi incroyable que cela puisse paraître au lecteur, tout est rigoureusement véridique !

    Ce roman est traversé par l’horreur du nazisme. Qu’est-ce que ce dernier représente pour vous ?

    Le nazisme né dans des conditions historiques d’une extrême violence : la barbarie de la Première Guerre mondiale et ses conséquences, représente la négation absolue de l’humanisme. Souvenons-nous des paroles de Goebbels, l’idéologue – propagandiste en chef du mouvement nazi, désignant les chrétiens comme les bolchéviques de l’Antiquité ! Anéantir les Juifs, c’était éliminer la religion du Livre historiquement apparue à la faveur – on le sait aujourd’hui -, d’une insurrection égalitaire. Le nazisme porte à son comble ce que d’autres ont trop tendance malheureusement à faire, à savoir externaliser le mal pour mieux l’éradiquer. Mais la nature humaine n’est pas un champ de pommes de terre atteint par je ne sais quel mildiou ! Combattre le mal ne demande pas d’éliminer mais de dépasser en posant comme postulat le respect du prochain. Autrement dit, agir contre le mal c’est faire vivre l’humanisme, qui sera toujours l’ennemi des nihilistes qui crient  comme les fascistes espagnols tueurs de taureaux« Viva la muerte », vive la mort !

     

    Page 61, des enfants sont transpercés à la baïonnette par les Allemands. Page 62, 3600 Juifs sont tués au cours d’une rafle. Les exemples sont terribles et nombreux. Votre livre a dû être étayé par d’importantes recherches historiques.

    Tous les faits rapportés sont vrais. Rigoureusement vrais. Nombre de documents existent qui relatent ces horreurs. Du reste, je cite trois ouvrages à la fin du roman où j’ai puisé quelques exemples qui figurent dans Le Parlement des cigognes.

     

    Vos romans sont souvent nourris par l’Histoire. Selon vous, cette discipline serait-elle une sœur de la Littérature ?

    Je n’ai jamais adhéré à la littérature de science-fiction. Je suis résolument un terrien. C’est-à-dire que je pars de ce qui existe et essaie d’en percer le mystère, de comprendre pourquoi, comment cela se déroule de cette façon plutôt que d’une autre, d’autant que comme le dit Aragon concernant l’avenir « Rien n’est jamais comme on l’imagine ! ». L’histoire : Les misérables, La Semaine sainte, Les trois mousquetaires, Un pont sur la Drina d’Ivo Andric ou encore Quoi de neuf petit homme d’Hans Fallada… Alors oui, l’Histoire est sœur de la littérature dans la mesure où l’une et l’autre sont du récit.

    Devant l’horreur du nazisme, où vous placez-vous entre pardon et devoir de mémoire?

    Il est impossible de pardonner que des enfants, des bébés soient jetés vivants dans les flammes toute une nuit ainsi que le rapportait Marie-

    Valère Staraselski, écrivain, journaliste.

    Claude Vaillant-Couturier au procès de Nuremberg. En revanche, la transmission est ou plus exactement devrait être un devoir. D’ailleurs, Le Parlement des cigognes est un roman sur la transmission. Sur la nécessité absolue de transmettre la connaissance du passé. Quand cela ne se fait plus, les ennuis vont commencer.

    Cracovie, la Pologne, le cœur de l’Europe… la situation géographique de votre roman n’est pas innocente.

    Oui, au moment où la construction d’une Europe à la fois diverse et unie bute sur les plans étriqués et friqués des technocrates et des politiciens qui méprisent souverainement leurs peuples et leur histoire et ouvrent la boîte de Pandore, le choix du pays de Copernic, Chopin et Jean-Paul II n’est pas anodin…

    Quels sont vos projets ?

    Un roman autour de ce qu’avance Oppenheimer, à savoir que les démocraties se sont établies et développées dans des pays judéo-chrétiens. Pour ce faire, je pars de la Cathédrale de Meaux, de son histoire, de ce lieu entre hier et aujourd’hui… on y croise Bossuet mais aussi les trente bénévoles qui la font « tourner » présentement.

    Propos recueillis par PHILIPPE LACOCHE

     

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Un polar qui sent la terrine de lapin et la France qu’on aime

    Entre Simenon et Audiard, Thomas Morales nous livre un succulent deuxième volet des enquêtes ...

    Comme un panache mélancolique

        Désinvolture à la hussarde et mélancolie modianesque: le dernier livre d’Arnaud Le ...

    Attention : chef-d’œuvre !

    Avec « Livre pour adultes », Benoît Duteurtre propose le livre le plus touchant de la ...

    Les mots fous d’Emmanuelle

     Emmanuelle Guattari est la fille de. Elle ne s’en défend pas. Au contraire, elle ...

    Le charme discret du dandy Levet

      Diplomate, chroniqueur, voyageur et phtisique et surtout poète au talent indicible et trop ...

    Bonjour,

    <div id=”Bcorps”  style=”padding: 10px 5px 10px 5px; width: 150px; border: 1px solid #cccccc;}” ><div ...