Valère Staraselski propose un autre Robespierre

    Dans son excellent roman « L’Adieu aux rois », Valère Staraselski, spécialiste de la Révolution française, évoque la profanation des tombeaux des rois.

    Voilà ce qu’on lit à la page124 de L’Adieu aux rois, septième roman de Valère Staraselski, un excellent ouvrage: «Encouragé par ce début, il n’a pas voulu se retirer sans obtenir quelque fragment d’Henri IV. Son corps un peu découvert par la position transversale de celui de Louis XIV présentait le pied droit. Il s’est alors emparé de l’ongle du pouce…»

    Un opus qui bien plus qu’il ne dissèque, exhume un pan d’histoire de la période révolutionnaire. Le but de Valère Staraselski? Remettre les pendules à l’heure sur des événements peu connus, ou, très certainement, mal relatés, voire mal interprétés. Il évoque notamment, en effet, la terrible période où certains conventionnels et des sans –culottes ouvrirent les cercueils des rois, des reines, des princes et des princesses pour jeter les corps dans des fosses communes.

    Réalité historique

    Un roman, un vrai. Valère Staraselski s’appuie sur la réalité de l’Histoire, parfois même sur des personnages réels, pour nous raconter une terrible histoire.

    1793. Prussiens, Anglais, Autrichiens sont près de Paris. Lyon et Bordeaux se révoltent contre la Convention. Les Vendéens insurgés ont pris Saumur et Angers. La guerre civile bat son plein.

    Certains révolutionnaires invitent à la destruction des mausolées royaux. Les cercueils des reines et de rois de France, grands hommes d’État, religieux, sont ouverts; les corps extraits et jetés dans des fosses communes.

    Dans le roman passionnant et très bien documenté de Valère Staraselski, un témoin des faits, Ferdinand Gautier (qui a réellement existé), royaliste et catholique, relate au quotidien les profanations à Marc Antoine Doudeauville, avocat favorable à Robespierre.

    «J‘ai écrit L’Adieu aux rois parce que j’ai voulu comprendre ce qui c’était exactement passé avec les corps sacrés des rois dans la basilique de Saint-Denis en1793, très précisément et en dehors de toute interprétation historique», confie Valère Staraselski. «Au départ, c’est une volonté également de rétablir la vérité historique malmenée notamment par Lorant Deutsch lorsqu’il invente Robespierre coupant un morceau de la barbe du cadavre d’Henri IV! Et cela passe allègrement sur les chaînes publiques de la télévision française…»

    Il explique qu’il a travaillé essentiellement sur archives. «Le personnage qui relate l’exhumation des corps (Ferdinand Gautier) a réellement existé. Je suis parti de son journal, consultable à la Bibliothèque Nationale. Pour le reste, j’ai recoupé avec les documents officiels sur les exhumations déposés aux archives nationales et reproduits dans les œuvres d’Alexandre Lenoir, chargé des monuments par la Convention.»

    L’autre mérite de ce beau roman c’est qu’il donne de Robespierre une autre image. L’auteur en convient: «Robespierre a une image, en France, qui ne correspond pas à la vérité des faits. Outre les contres vérités, inventions et calomnies sur l’homme, “psychologiser” et personnifier les raisons du cours de l’Histoire, pratique trop courante, n’est qu’une manière de rester à la surface. Et certainement pas de comprendre. Comme le dit Marx que j’ai placé en exergue: “Les hommes font leur propre histoire, mais ils ne la font pas de plein gré, dans les circonstances librement choisies.” Maximilien Robespierre a été un grand homme d’État, l’artisan principal de la création de la République française. Sa place devrait être au Panthéon. Du reste, des ouvrages récents donnent de l’homme et du politique une image qui correspond mieux à la réalité. N’oublions pas que c’est le peuple de Paris qui l’avait surnommé l’Incorruptible…»

    Un livre à la fois plein d’enseignements et de rebondissements.

    Propos recueillis par

    PHILIPPE LACOCHE

    Valère Staraselski, écrivain, journaliste. Mai 2012. Salon d'Arras.

    « L’Adieu aux rois», Paris, janvier1794, Valère Staraselski, Le Cherche Midi, 237 p.; 16 euros.

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