Vincent Peillon parle le communisme couramment

       Ancien ministre de l’Éducation nationale, aujourd’hui député européen, ses vraies passions, au fond, restent la littérature et la philosophie.

       Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir des parents communistes est un film de Jean-Jacques Zilbermann, sorti en 1993, avec Josiane Balasko. Vincent Peillon, lui, a eu cette chance. Et il n’est pas nécessaire d’être grand clerc pour deviner que ce sont eux qui lui ont inoculé le virus de la vraie gauche. Son père, Gilles Peillon (1928-2007), banquier et communiste, occupa le poste de directeur général de la première banque soviétique hors d’URSS, la Banque commerciale pour l’Europe du Nord -Eurobank. Comme l’indique le site Wikipédia, du côté maternel, il est issu d’une famille juive alsacienne : Françoise Blum, sa mère, née en 1930, fut directrice de recherche de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM); Léon Blum (1878-1930) était professeur, spécialiste de la physiopathologie rénale à Strasbourg, fils du rabbin Félix Blum. Thérèse Lion, sa grand-mère, féministe et avocate, le marqua profondément. Etienne-Emile Baulieu (né Étienne Blum), son oncle, professeur honoraire au Collège de France est le co inventeur de la pilule RU 486. Quant à sa tante, celle n’est autre que Suzanne de Brunoff, économiste au CNRS, belle-fille du créateur du célèbre Babar. Rien que des intellectuels de haut vol et tous à gauche toute. Avec une telle hérédité, il eût été étonnant que Vincent virât à droite. Et quand il se fut agi pour le PS de trouver un candidat aux législatives en 1997 pour contrarier l’indéboulonnable et gaulliste Jérôme Bignon dans cet adorable et très rouge pays qu’est le Vimeu, Peillon leva le droit: « Moi, les communistes ne me font pas peur; je les connais. » Banco! Et il fut élu le 1er juin 1997, se souvenant aussi des belles balades qu’il effectuait, enfant, à bord de l’Alfa Roméo de son père. «Oui, je viens d’une famille de communistes d’après-guerre», se souvient-il. «Ils avaient tous une éthique incroyable et des amis formidables.» Et de citer Georges Charpak, physicien franco-polonais, lauréat du prix Nobel de physique en 1992, grand résistant et homme de gauche, mais aussi l’historien Jean-Pierre Vernan, tout autant résistant et communiste. «Tout un milieu de Juifs communistes laïques. On ne parlait jamais de religion; ils étaient Compagnons de la Libération. Ils m’ont transmis beaucoup de choses, dont le goût de l’étude.» Le jeune Vincent réside alors dans le Ve arrondissement, en plein quartier latin, étudie à l’école publique de la rue de l’Arbalète. Son père ne tarde pas à être recruté par le PC pour diriger la première banque communiste hors de l’URSS. Militantisme à fond. «Mes parents accueillaient chez nous des enfants des mineurs en grève.» Vers l’âge de 10 ans, il plonge dans la littérature en apnée. Il dévore Fallet, Georges Limbour, Roger Vailland, les surréalistes, etc. C’est un bon élève. Pas très scolaire. «J’avais un an d’avance; je faisais le minimum pour passer en classe supérieure.» Il étudie au collège et au lycée Lavoisier. Le sport, il ne déteste pas, pratique la natation, la bicyclette. Et, déjà, le militantisme, sport qui demande aussi un certain engagement physique en ces années bourrues mais sympathiques de l’après-68. Il passe dans les rangs de l’Organisation Communiste Révolution (OCR), puis dans ceux de Lutte ouvrière. Bachelier à 16 ans, il finit par quitter le domicile familial, s’inscrit à la Sorbonne, en philosophie. Il obtient sa licence à 20 ans. Et puis survient l’agression: «J’étais un intello. Je me suis fait interpeller par un mec dans la rue; il devait être drogué. Je suis resté deux heures avec un couteau sous la gorge à tenter de le convaincre de ne pas me trucider. Mais j’avais été incapable de réagir.» Il décide donc de se confronter à la vie réelle, travaille pour la Compagnie des wagons-lits sur la ligne Paris-Copenhague et importe, en douce, du saumon fumé. «Je fonde une entreprise de ventes d’import-export de saumon avec un slogan «Le saumon norvégien pour tous»; je travaille avec les comités d’entreprises.» C’est un peu le Jean Vilar des salmonidés et de la gastronomie. En 1982, il repend la philo, obtient le Capès en 1984, l’agrégation en 1986 et le doctorat en 1992. En 1991, il écrit sa thèse sur Merleau-Ponty qu’il publie chez Grasset, deux ans plus tard, sous le titre La Tradition de l’esprit. Avant cela, il est devenu, en 1987, professeur à l’école normale de la Nièvre. En 1990, Jospin, ministre de l’Éducation, le recrute. « Il a besoin d’un mec qui connaît le terrain.» Il se retrouve aux côtés d’Emmanuelli, président de l’Assemblée nationale dont il écrit les discours. En 1993, il rejoint le PS avec le même état d’esprit: républicain et opposé aux dérives libérales. Le début d’une longue carrière politique qu’il est difficile de résumer en quelques lignes. On retiendra qu’il garde beaucoup de respect pour Jospin : «Vernan m’en avait dit du bien.» Qu’en 1994, il déposa une motion an congrès de Liévin du PS. 1997: il est élu député du Vimeu. Il en garde un souvenir mitigé: «De très bons souvenirs, la confiance des militants, et la violence de certains CPNT…» En 2000, il présente le rapport de la mission qu’il préside (le rapporteur est Arnaud Montebou

    Vincent Peillon vient de sortir un excellent thriller, "Aurora", chez Stock.
    Vincent Peillon vient de sortir un excellent thriller, “Aurora”, chez Stock.

    rg) sur le blanchiment des capitaux en Europe. En 2002, il perd son siège de député du Vimeu, en partie à cause du conflit qui l’oppose aux chasseurs. En 2003, il est élu par les militants premier secrétaire de la fédération PS de la Somme (il l’avait déjà été de 1997 à 2000). Puis, il redevient chercheur au CNRS, publie des livres. 2004: il devient député européen. Au fil des années, il prendra un peu de distance avec la politique. Cela ne l’empêchera pas d’être nommé ministre de l’Éducation nationale le 16 mai 2012 (jusqu’en mars 2014), reprendra l’écriture, notamment celle du roman qu’il avait commencé il y a fort longtemps: son thriller Aurora qu’il vient de publier chez Stock. La littérature, toujours…

    PHILIPPE LACOCHE

     

    Bio express

    7 juillet 1960 : naissance à Suresnes.

    1980 : licence de philosophie. Travaille dans les wagons-lits.

    1984: professeur de philosophie à Lyon, puis à Calais.

    1992 : entre au Parti socialiste.

    1994 : publie «La Tradition de l’esprit», chez Grasset, sa thèse sur Merleau-Ponty. Il a envoyé son tapuscrit par La Poste.

    1997 : député du Vimeu. «Très important pour moi

    2004 : député européen.

    2012 : Ministre de l’Éducation nationale.

    2016 : publie son thriller «Aurora», chez Stock.

     

    Dimanche d’enfance

    Avec sa grand-mère, en forêt de Fontainebleau

    Les dimanches d’enfance de Vincent Peillon? Il se souvient de sa grand-mère maternelle (qui était de milieu très modeste); elle l’emmenait marcher avec elle en forêt de Fontainebleau. Il avait 7 ou 8 ans. «Elle était de l’Allier. C’était une femme très combattante. Elle m’a transmis un certain éveil de la conscience politique. Si, aujourd’hui, j’ai acheté une maison à Fontainebleau, c’est grâce à elle. On se promenait; elle m’emmenait aussi chez les commerçants, et m’offrait des petites voitures Dinky Toys. Oui, elle m’a transmis beaucoup d’amour; elle a joué le rôle de la transmission…»

    Un autre souvenir d’enfance: lorsqu’il se rendait à Saint-Valery-sur-Somme, sur la promenade, en compagnie de son père, à bord de sa vieille Alfa Roméo. «Je me souviens des bons moments passés avec ma sœur et mon frère. De bons souvenirs; la force de l’enfance parmi des gens simples.»

     

    Ses souvenirs de Lectures? Nadja, d’André Breton, qui l’a marqué, La Chute, d’Albert Camus, et Le Peuple, de Michelet.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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