Lumière picturale au bout d’un chemin obscur

    Emmanuel Godefroy et Chrystelle Lamoureux devant des oeuvres de cette dernière.

          C’était un soir d’hiver; un vrai. Il pleuvait dru. Une pluie glaciale, presque de la neige fondue. La pauvre petite Peugeot 206, mon carrosse adoré qui, le savait-elle, n’en avait plus que pour quelques jours à vivre, frissonnait et ébrouait son pelage céladon, maltraité par les éléments. Je travaillais ce samedi-là. Je tapais deux ou trois articles imprécis et indécis comme le coeur d’une fille quand elle me croise pour la première fois. Je me hâtais car j’avais promis aux peintres Emmanuel Godefroy et sa compagne, Chrystelle Lamoureux, de passer à l’exposition de leurs œuvres, chez eux, à l’Atelier 37, situé au 37 de la rue des Bonnards, à Amiens. Pour y accéder, j’emprunte un étroit chemin privé qui, miracle de la technologie, s’illumine au bout de dix mètres. J’aperçois l’atelier. J’y pénètre. Chrystelle et Emmanuel m’accueillent. Lui, présente trente tableaux, des huiles et quelques dessins. «Mais j’en ai 150 dans mes réserves», sourit-il. Je le photographie devant un fascinant triptyque baptisé «Mémoires d’adolescence «. «Un souvenir. J’avais 14 ans; c’était en Baie de Somme par temps d’orage, au printemps.» Puis, il évoque les plages de la Baie qu’il adore tout en refusant le côté régionaliste. «Avec mes créations, je recherche d’abord l’aspect universel. C’est comme une fuite en avant vers un futur possible.» C’est bien résumé. Il y a dans les créations d’Emmanuel, comme dans celles de Chrystelle, une profondeur bienveillante, une inquiétude qui, au final, convoque une manière d’espoir. D’espérance plutôt. Emmanuel peint depuis qu’il a 15 ans; il en a aujourd’hui 53. «Je me suis engagé en peinture», dit-il comme s’il se fut engagé dans l’armée. Dans la Légion. Enseignant de pratiques artistiques, il a réalisé une soixantaine d’expositions, «dont trente qui ne me font pas rougir», en Picardie, à Paris à Marseille. Ses peintres de références? Soulages, le Viennois Egon Schiel, Hopper et Manessier. Chrystelle, elle, proposait 29 œuvres, dont une magnifique série noir et or, faite de peinture acrylique et de matières diverses. «La couleur (l’or) est sortie de l’obscurité, voire de l’obscurantisme», commente-elle. Depuis d’obtention d’un bac en arts plastiques et des études en arts appliqués, cela fait trois ans qu’elle a trouvé sa véritable inspiration. Deux artistes originaux, profonds et singuliers; on peut découvrir leurs œuvres sur rendez-vous (07 86 34 51 30). Vivement conseillé.

    Dimanche 23 décembre 2018.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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