Mais qu’allais-je faire à Calais?

         Grand fut mon bonheur de reprendre l’autoroute pour me rendre à Calais. C’était un samedi matin. À mes côtés, Lys, plus mignonne et plus anglaise que jamais avec son béret et son manteau sombres, et son carré de cheveux blonds, tellement Art Déco, années 1920, aussi blonds que les goujons des fritures londoniennes louées par Kléber Haedens dans son chef-d’œuvre Adios. Il faisait un beau temps d’automne. Petite lumière timide; légère humidité. Le Pas-de-Calais était caressé par une fragile dentelle de brume, comme un tulle. J’avais l’impression de rajeunir. Non pas de corps, non, malheureusement. Mais dans l’esprit. Mes souvenirs vagabondaient dans le passé lointain. J’étais un jeune journaliste; Féline, mon ex-épouse m’accompagnait dans une voiture qui, certainement, devait déjà être une Peugeot antédiluvienne. Nous nous rendions à Londres. Ou en Irlande. Ou en Écosse. Je ne sais plus. Ne me restent que des impressions, des atmosphères. Le goût du bacon, le matin, dans les bed & breakfasts, l’accent rocailleux des serveurs pakistanais qui me plaisait tant que j’ai fini par l’adopter lorsque je m’exprime, sans vélocité, dans la langue de Shakespeare. Ce matin-là, Lys me le faisait gentiment remarquer. Le but de notre déplacementcalaisien? Visiter la Cité internationale de la dentelle et de la mode, et l’exposition Jane & Serge, conçue en partenariat avec Andrew Birkin, frère de l’adorable chanteuse, et l’agence de projets culturels Art Storm, au Musée des beaux-arts. Lys était d’autant plus passionnée par la cité de la dentelle qu’elle effectua, dans sa jeunesse, des études poussées dans le domaine de la mode et des arts décoratifs. Il y avait là de quoi se régaler, dans cet établissement inauguré en juin 2009, installé dans une ancienne usine dentellière, les établissements Boulart fondés en 1870 et en activité jusqu’en 2000. Quant à moi, tu t’en doutes lectrice adulée, je me délectais des dessous chics; j’avais l’impression de me trouver dans un roman de Henry Miller. Comme je le disais, Lys et moi, sommes allés voir l’exposition Jane & Serge, où sont rassemblées avec bonheur une soixantaine de photos intimes captées au cours des sixties et des seventies. Atmosphères encore et toujours; celles que distillent ces photos sont pop et très Swinging London. C’est délicieux. Et comme il n’y a pas de hasard, que tout se tient, l’exposition fait aussi un clin d’œil à Calais et à la cité de la dentelle car la famille Birkin était productrice de dentelles à Nottingham. Des échantillons de la marque Birkin sont même conservés à la même Cité de la dentelle. Hasard encore? Pas si sûr. Quelques jours plus, je suis allé au Gaumont pour y voir More, de Barbet Schroeder dans le cadre du Festival du film. More n’est rien d’autre qu’un document sur l’avènement du mouvement hippie en Europe, donc du Swinging London. J’adore ce film. J’ai passé mon temps à regarder si, parmi les figurants, ne se trouvaient pas Kevin Ayers et le délétère Jean de Breteuil, le dealer des stars (il aurait vendu la dope fatale à Jim Morrison) qui, sans aucun doute, se trouvaient à Ibiza à ce moment. En sortant de la salle, nous avons justement parlé de ça avec Alain Gest qui, m’a-t-il avoué, était ému car l’œuvre lui rappelait, comme à moi, ses jeunes années. Ah, ce temps qui passe…

                                                    Dimanche 18 novembre 2018.

     

    PS : alors que nous nous étions égarés en ville, Lys et moi, un automobiliste calaisien et sa famille nous ont gentiment conduits à la Cité internationale de la dentelle et de la mode, effectuant, pour nous aider, un détour de plusieurs kilomètres. La fraternité désintéressée de gens du Nord n’est pas un vain mot.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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