Mais qu’ont-ils tous à courir comme ça?

     

    Dans la rue : personne. (Photo : Philippe Lacoche.)

        Il y a peu, il m’a fallu rompre le confinement et sortir. Muni de mon attestation et d’un masque (qui me fait penser à une mignonne culotte de fille), j’ai quitté ma maison de résistant du Faubourg de Hem pour faire un tour en ville. Je dois reconnaître que ça m’a fait tout drôle: pas un chat. Je n’ai croisé que de nombreux, mais de très nombreux joggers qui couraient après qui, après quoi? On se le demande. Quelle idée tout de même de se crever la couenne alors que le canapé nous tend les bras, ou qu’un bon livre nous hèle, ou que le roupillon nous racole comme une belle pute apaisante et experte. J’ai toujours aimé Churchill. D’abord parce que lui et son peuple génial sont venus nous sauver la mise et nous préserver des appétits barbares venus de l’Est. Mais pas que. J’aime Churchill car il a eu le courage de crier haut et fort: «No sport!» En revanche, c’est une bonne chose: je n’ai pas croisé d’individus sur leurs puériles trottinettes. Je n’ai rien contre les trottinettes; je dois vous avouer que j’en ai même eu une. Rouge (comme ma ville, puis, plus tard, mes convictions). C’était à Tergnier; j’avais quatre ans. Le confinement a du bon. Comme je devais faire un mandat pour un vieux copain musicien dans la mouise à Dignes-les-Bains, je me suis rendu à La Poste, rue Alphonse-Piquet. Je me suis garé près de la gare SNCF. Jugulaire jugulaire, parano, et surtout malchanceux comme trois Pierre Richard, coronavirus ou pas, je me suis mis dans l’idée de payer mon temps de stationnement. Mal m’en a pris!

    D’abord, un crétin avait trouvé le moyen de rayer l’écran de l’horodateur. (Photo : Philippe Lacoche.)
    Je me suis mis à hurler et à jurer. Ma grosse voix de fumeur résonnait dans la rue vide comme le coeur d’un néolibéral. (Photo : Philippe Lacoche.)

    Un mal fou pour rentrer les renseignements. Quand j’y suis enfin parvenu, la bestiole ne fonctionnait pas. Tu connais, lectrice fessue, possédée et convoitée, ma patience légendaire avec les technologies, nouvelles ou anciennes. Je me suis mis à hurler et à jurer: «Putain de machine! Pourriture de système! Graisse d’agneau!» Ma grosse voix de fumeur retentissait dans la rue vide comme le cœur d’un néolibéral. Soudain, j’ai eu peur que les gens se penchent à leurs fenêtres. Je me suis sauvé jusqu’à La Poste. Là, une dame masquée comme Belphégor, m’a fait savoir qu’on ne pouvait plus envoyer de mandat. J’eusse pu aller déposer plainte auprès du commissaire Ménardier; je m’abstins. J’ai tout de même pensé à mon copain de Dignes qui allait mourir de faim et de soif. Suis remonté dans ma Dacia. «Tiens! Pas de contravention! Suis en progrès!» me suis-je dit. J’ai foncé jusqu’à ma banque pour y déposer un chèque.

    C’est une belle phrase poétique, éthylique et chaleureuse.

    Là, sur un mur, j’ai découvert l’inscription en belles lettres noires: «Comme tout (sic) les chats la nuit, je suis gris.» En dehors de la faute d’orthographe (le type devait être bien bourré), c’est une belle phrase poétique, éthylique et chaleureuse. Épuisé après toutes ces péripéties, je suis rentré me confiner et m’écrouler sur mon canapé. No sport!

    Dimanche 12 avril 2020.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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