Marteau de la Bretagne

                                            

    Avec «La Faucille d’or», Anthony Palou ancre son roman d’atmosphères dans le Finistère.

    Anthony Palou.

    Il y a du Simenon, du Carco, du Mac Orlan dans ce roman d’Anthony Palou, le troisième, après Camille, publié il a vingt ans chez Bartillat, et Fruits et légumes, chez Albin Michel en 2010. On retrouve un cousinage avec ces trois grands auteurs: un certain sens des atmosphères; des ambiances maritimes, portuaires; des scènes de bistrots enfumés; une manière de réalisme poétique qui n’a pas peur des mots, des morts, des odeurs, de l’alcool, parfois jusqu’à l’écœurement.

                   «Son, entrejambe, sa chatte sentait, je ne sais pas, sans doute la dorade ou plutôt l’encornet.»  David Bourricot

    Anthony Palou nous propose de suivre les pérégrinations de David Bourricot, reporter aquoiboniste, alcoolique, plus flâneur que fouineur. À la faveur d’un reportage – d’une enquête, plutôt – il se retrouve dans le Finistère de son enfance. Le prétexte à ce déplacement au long cours? Éclaircir les obscures raisons de la disparition en pleine mer d’une marin-pêcheur. Au fil de ses pas, il rencontre des personnages singuliers, dont un peintre nain, Henri-Jean de la Varende: «Dieu l’avait, dès le début, assez amoché comme ça. Petite bulle soufflée par le diable, pourquoi ce Dieu si bon l’avait fait ainsi? Pour amuser la galerie? Pourquoi l’avoir créé en guise de verrue, un détail mal assorti dans le tableau sublime qu’est ce monde si merveilleux vu de loin? La nature est si injuste!» Si Bourricot est parti errer en Bretagne, c’est aussi pour tenter d’oublier son mal de vivre engendré par ses relations difficiles avec sa femme. Et son fils lui manque. Pour ce faire, il enquête doucement, traîne dans les bars, boit beaucoup, tourne autour de Clarisse, une Bretonne aux jambes lourdes et de faïence qui ne manque pas de charme. Pourtant, lorsqu’il est sur le point de conclure, les choses s’arrêtent net à cause d’un détail qui tue toute forme de désirs: «Et, sans dévoiler mon intimité, c’est là où je vais te décevoir: je ne suis pas allé très loin, à peine ai-je remonté de ses mollets à ses cuisses», raconte-t-il à Romain, son rédacteur en chef. Lorsque je suis arrivé du côté de son, entrejambe, sa chatte sentait, je ne sais pas, sans doute la dorade ou plutôt l’encornet.» L’univers dans lequel nous entraîne Bourricot est âpre, d’un réalisme saisissant qui n’est pas là pour séduire: là, il commande une côte de porc «infecte: cette impression bizarre de mâcher un préservatif». Un mareyeur retrouve une Rolex dans l’estomac d’une lotte, tandis que les marins pêcheurs se défoncent à la cocaïne pour tenir les cadences de travail infernales. Réalisme âpre, oui, et, en contre-chant, belles descriptions poétiques de ce Finistère improbable qui, au fond, ne cesse d’étonner le narrateur-reporter. Un roman parfois surprenant mais bigrement attachant.

    PHILIPPE LACOCHE

    La Faucille d’or, Anthony Palou; Le Rocher; 149 p.; 16€.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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