Mes guitares me rendront fou

    Ma Gibson Lespaul Deluxe lestée de backstages et laisser-passer des salons du livre. Photo : Philippe Lacoche.

           Un matin de confinement. Un de plus. Michel Jonasz sur France Inter interviewé par Nagui dans son émission La Bande originale. J’ai toujours aimé cet artiste que j’avais vu sur scène, pour la première fois, à la Maison des arts et loisirs de Laon. C’était au milieu des années 1980.

    Slim Batteux (2e, debout, de droite à gauche) et les Brothers Mac Daniel. Luc Bertin, premier, sur la droite; Jean-Pierre Josse, 4e de gauche à droite.
    Slim Batteux (3e de gauche à droite) et les Vizirs, groupe ternois ancêtres des Brothers McDaniel’s. A la batterie : Raymond Brazier, dit Zézette 1er. la basse : Bertrand. Sur le pupitre est indiqué, Toto Camus, un excellent accordéoniste dont le fils, Gilles Camus (sur la photo il est à la guitare entre Slim et Bertrand), devint chanteur des Candles, un autres groupe mémorable de Tergnier qui porta haut un répertoire de rhythm’n’blues.
    Slim Batteux, musicien (orgue, basse, choeurs, etc.). Originaire de La Fère. Je le photographiai ici en janvier 2012, à la faveur d’une interview qu’il m’accorda, chez lui, à Vincennes. (Il résidait alors à deux pas de son copain Luc Bertin.)

    L’un de ses choristes était l’une de mes connaissances : Luc Bertin, ancien pianiste-chanteur des Brothers McDaniel’s, groupe axonais mythique qui nous faisait rêver. Outre Luc, il comptait en son sein le multi-instrumentiste Slim Batteux, Jean-Pierre Josse, alors bassiste qui deviendra l’un des meilleurs guitaristes de la région. Au tout début des années 1970, Luc et Slim tenteront leur chance à Londres où ils séjournèrent pendant plus d’un an. En pleine période du British blues boom, ils côtoyèrent les plus grands combos de l’époque. Revenus à Paris, ils devinrent musiciens professionnels, s’imposant sur scène et en studio, auprès de William Sheller, Eddy Mitchell, Dick Rivers, François Bernheim, etc. Luc joua même avec Alice, deuxième formule, au côté d’Alain Suzan (chant, basse, orgue), de Paul Scemama (guitare, chant), de Ian Jelfs (guitare; le compagnon de la délicieuse Valérie Lagrange) et de Doudou Weiss (batterie). Alice: un groupe qui me faisait rêver car poétique, subtile et inspiré. En particulier celui de la première formule avec les très doués Jean-Pierre Auffredo (hautbois, flûte, violon, guitare, chant), Sylvain Duplan (basse, guitare, chant) et Bruno Besse (guitare) à qui je rachetai, en 1973 l’amplificateur Bandmaster Fender que je possède toujours et qui sonne du feu de Dieu! Le parcours de Luc et de Slim nous faisait rêver, lui aussi, nous, apprentis musiciens ternois. À la faveur du concert de Jonasz à Laon, Luc eut plaisir à faire un tour dans une ville où il avait vécu adolescent. Il mena à bien un pèlerinage dans un bar de la ville basse où il avait ses habitudes et dans lequel il n’avait pas remis les pieds depuis une quinzaine d’années. Rien n’avait changé; le vieux barman le reconnut et l’interpella en ces termes: «Bonjour Luc! Ça faisait un petit moment qu’on ne t’avait pas vu. Tu n’étais pas souffrant?» Sur France Inter, Michel Jonasz évoqua son enfance à Drancy, sa famille d’immigrés juifs hongrois et l’importance, pour eux, de la musique tzigane; on sentait derrière ses paroles tout le poids de la souffrance d’un peuple martyrisé par les nazis. Pudeur extrême et émotion qu’il dissimula en évoquant son amour du jazz, de la chanson et du blues.

    Ma basse Höfner Contemporary, longue liane, très féminine, très sensuelle. Dommage qu’elle soit jalouse comme une tigresse. Elle ne cesse de se disputer avec Gibson, Deluxe de son prénom. Photo : Philippe Lacoche.

    Ému à mon tour, il me vint à l’esprit d’aller dire bonjour à mes deux vieilles maîtresses qu’en temps habituel, je délaisse faute de temps: ma guitare Gibson Lespaul Deluxe, achetée en Belgique en 1973, et ma basse Höfner Contemporary, achetée en 2008 pour accompagner ma chérie d’alors, la chanteuse et comédienne Lou-Mary, au sein du groupe les Scopytones. Un dernier détail: j’ai mis en photo la plus âgée, Deluxe de son prénom, ce qui risque de me causer de graves ennuis avec mon Höfner, la poulette jalouse comme une tigresse. J’ai donc pris la décision que la photographie de cette dernière figurerait sur l’article de mon blog Les Dessous chics. Elles sont chacune folles de mes doigts qui leur procurent, disent-elles, beaucoup de plaisir, et refusent de me partager. C’est affreux; encore plus que les filles, mes guitares me rendront fou.

    Dimanche 29 mars 2020.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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