Mes petits bonheurs soviétiques

    Igor Molotov, petit-fils de l’inventeur du fameux cocktail, devant le stand de Technikart, au Salon du livre de Paris.
    Pourquoi se priver d’une seconde photographie d’Igor aux allures si soviétiques. Une bouffée de nostalgie au Salon du livre de Paris.

    Le Salon du livre de Paris a bien changé. Il y a cinq ou six ans que je n’y avais pas remis les pieds. C’était, il m’en souvient, un lieu assez festif, bien organisé, convivial. Invité par les éditeurs de mon dernier livre, je m’y suis rendu. Déception: signalétique approximative, plans du lieu au sol, des files d’attente longues comme Le Bateau ivre de Rimbaud pour se restaurer et accéder à un malheureux sandwich qu’il faut payer une fortune. Très peu d’endroits pour s’asseoir ou s’isoler pour oublier le brouhaha épuisant. Heureusement, comme je tente d’écrire des bouquins, une chaise avait été mise à ma disposition. Ce fut sur celle-ci que je posais mon corps malingre et me mis à rêvasser mollement en attendant le client dans cette manière de foire à la consommation des marchands du temple de la littérature. Soudain, mon attention est attirée par de sympathiques et amusantes vociférations provenant du stand qui me fait face: celui de l’excellente revue Technikart: «On va tout faire sauter!». Curieux de nature, je m’approche, au risque de prendre un pruneau dans ma cervelle de Ternois. Et là, que vois-je: le vociférant, un quinquagénaire aux cheveux bouclés poivre et sel, qui nous présente Igor Molotov. Ce dernier n’est autre que le petit-fils de Viatcheslav Mikhaïlovitch Molotov (1890-1986), diplomate soviétique, chef du gouvernement de l’URSS de 1930 à 1942, ministre des Affaires étrangères jusqu’en 1949, membre titulaire du Politburo de 1926 à 1957, et surtout, surtout, bras droit de Joseph Staline. Faut-il encore préciser de Viatcheslav donna son nom à l’indémodable cocktail, bien plus efficace que le Boody Mary en certaines circonstances. D’où les propos non dénués d’humour du vociférant de Technikart. Quel bonheur pour moi! Mon sang de marxiste ne fait qu’un tour, et, un peu sournoisement, je me dis: «Voilà une belle façon pour moi de fêter Mai 68, cette révolutionnette fomentée par une bande de fils à papa vite reconvertis aujourd’hui dans la sociale démocratie molle, voire le macronisme…» Je m’approche vers l’homme annoncé de façon tonitruante. Igor est un trentenaire vêtu d’un manteau roux en laine peignée, d’un veston noir aux boutons émeraude porté sur une chemise claire aux motifs rouges. Son menton se termine par une barbichette du meilleur effet, façon Lénine. J’ai comme un éblouissement. Oui, j’ai devant moi le petit-fils du grand Molotov. Nous discutâmes quelques instants, Igor et moi. Il m’apprit qu’il venait au Salon du Livre pour défendre le livre qu’il avait écrit sur Carlos (pas le chanteur, fils de Françoise Dolto, mais bien de révolutionnaire ; l’ouvrage, en russe, n’est toujours pas traduit en français ; avis à la population du monde de l’édition !). Nous le photographiâmes avec force et vigueur. Pour me remettre de mes émotions, j’allais partager une bière fraîche avec mon éditeur. Une vodka glacée eût été d’actualité, mais j’ai promis à mes proches de ne plus remettre le nez dedans. Da! Da!

                                                     Dimanche 25 mars 2018.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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