Coucher de soleil sur la jetée du Crotoy. Photo : Philippe Lacoche.

              Déconfiné? Certainement. Quoique. En compagnie de la petite fiancée, j’ai passé une semaine de vacances au Crotoy. Tentative de jardinage. Beaucoup de paresse surtout; beaucoup de lecture aussi. Aucune tentative d’écriture. Ma première nuit fut terrible, peuplée d’horribles cauchemars. Ma petite fiancée me dit que c’est à cause de l’air iodé; je veux bien la croire. Je n’ai jamais eu l’intention de contrarier les filles. L’iode me taperait-il sur les neurones? Cette nuit, dans le désordre, je me suis bagarré contre une saleté de mâle dominant; j’ai prononcé un discours délirant à une tribune devant un auditoire constitué de plusieurs milliers de personnes qui me huaient, effectué de l’escalade sur un balcon situé au quinzième étage d’un immeuble dont la rambarde diminuait au fur et à mesure que j’avançais et pas moyen de faire demi-tour. Paralysie totale. C’était horrible.

    La vandoise : très beau poisson.
    Je rêve souvent de brochets.
    La célèbre Papillote, dite Patricia. Je trouve qu’elle a les yeux de Michèle Morgan. Photo : Philippe Lacoche.
    Le Crotoy était bien vide, dimanche soir. Photo : Philippe Lacoche.

    Il y avait aussi beaucoup d’animaux plus ou moins bossus, et des quantités de poissons (chevesnes, brochets et vandoises; pour ces dernières, j’ai cru détecter la raison: peu de temps auparavant, j’avais relu avec beaucoup de plaisir un article de Christophe Hennequin, dit Totof, collaborateur des pages Saisons). Faut-il préciser que les songes halieutiques, depuis des lustres, peuplent mes nuits dès que je manque de temps et de pêche. L’eau est pour moi une drogue; mes proches me disent souvent que je devrais en boire plus, en dehors de celle avec laquelle j’arrose mon pastis. Au cours de ma bagarre nocturne, je me suis mis à hurler si fort que ma petite fiancée, effrayée, a choisi de me réveiller pour m’apaiser; elle m’a aussi confié que j’avais fichu une trouille bleue à Papillotte, dite Patricia, sa chatte, qui a filé dans la nuit noire qui tapissait le jardin. Le dimanche soir, nous avons rangé les vacances dans des valises en carton comme chantait la délicieuse et adorable Brigitte Bardot (que certains conspuent car elle vit avec un âne et qu’elle ne se prive pas de faire la promotion de la droite musclée; moi, je m’en fiche car son bikini en vichy des années 1960 m’a tellement fait rêver que je lui pardonne tout). Je déteste les changements en général et les départs en particulier; je voudrais que tout reste en état, que rien ne change. J’adore le passé; je supporte le présent; je me méfie du futur presque autant que du coronavirus. Je persiste à penser que c’était mieux avant. Je suis un réactionnaire définitif qui adore Marx et une large partie de la littérature droite ce qui déstabilise mes amis et me vaut quelques inimitiés bien senties. Cela ne m’empêche pas de faire des cauchemars. Après avoir attrapé Papillote et rangé dans sa boîte à chat, nous sommes montés à bord de ma Dacia Sandero. «Et si nous allions voir la mer une dernière fois?», a miaulé ma petite fiancée depuis sa boîte, tandis que Papillote, à ma droite, acquiesçait. (L’iode ne me vaut rien; je mélange tout.) Le Crotoy était vide comme un bulot après le réveillon. Pas un chat en dehors de Papillote. Personne non plus, sur la jetée caressée par un coucher de soleil qui avait la couleur des filaments de sang qu’on trouve dans les œufs fécondés. Il y avait dans l’air comme un parfum de hors saison. On se serait cru au cœur de Villa triste, de Patrick Modiano.

                                                 Dimanche 31 mai 2020.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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