Naufrage dans une coupe de pinot meunier

       

    Amandine Dhée lit ses textes, accompagnée par Timothée Couteau au violoncelle. Photo : Philippe Lacoche.

      La vieillesse est un naufrage. Plus moyen de savoir ce que j’ai bu le jeudi 17 janvier, à la Maison de la culture d’Amiens, lors de la cérémonie des vœux de l’Agence régionale du livre et de la lecture (AR2L). Je te vois venir, lectrice curieuse, suspicieuse, langue de pute et rigolarde: «Le Marquis a encore abusé de la boutanche!», subodores-tu, porteuse d’un bonnet laineux, emmitouflée dans un manteau d’alpaga, aussi doux que mes sentiments à ton endroit. Point. J’étais clair comme les yeux d’Isabelle Adjani quand elle se trouve, poussée par l’homme à la tête de chou, tout au fond de la piscine. Ça y, je crois que ça me revient; cela devait être un champagne de l’Aisne. Que les charmantes Nathalie Rost, Véronique Pajak, Amandine Haslin et toute l’équipe de l’AR2L, viennent à mon secours et me le confirment. Ainsi, grâce à vous, la vieillesse qui m’étreint ne sera plus un naufrage mais seulement une brasse coulée. Champagne de l’Aisne? Du Pannier? Du Bernard Naudé? Je viens d’en apprendre une bonne à propos de ce dernier grâce au sympathique et compétent Alain Potin, de la Vinothèque (8, rue au Lin, à Amiens; 03 22 91 44 31): cette maison propose un cru composé de 90% pinot meunier. Du Naudé, j’en avais bu avec mon ex-brune et avec mon doux petit Milou sans même m’en rendre compte. Et, surtout, sans avoir le plaisir de la ramener auprès de ces deux charmantes dames, en leur disant, l’une après l’autre: «Tu es en train de déguster, délicate créature, un presque 100% pinot meunier, ce qui n’est pas courant.» Voilà, encore deux minuscules plaisirs qui me sont passés sous le mufle. Oui, disais-je, je me trouvais le jeudi 17 janvier dans le très bel établissement culturel dirigé par Laurent Dréano. Passaient sur scène Pascal Mériaux, président de l’AR2L qui invita l’assistance à passer «la plus collective et interprofessionnelle des soirées»; Marc Drouet, directeur des Affaires culturelles des Hauts-de-France, qui certifia que nous aurions tous besoin du «dynamisme de la filière du livre et de la lecture». Geneviève Tricottet, présidente du Réseau régional des maisons d’écrivains et des patrimoines littéraires des Hauts-de-France, convia la salle à s’adonner à un jeu littéraire où il était notamment question de Condorcet, de Ribemont (cela me rappela qu’y habitait, au cœur des seventies, une jeune fiancée aux cheveux bouclés d’un blond vénitien et qui portait un manteau afghan en peau de chèvre retournée – la peau, pas la chèvre -; une apprentie hippie qui fut fauchée par la maladie en 1985), et Marguerite Yourcenar, de Saint-Jans-Cappel, dans le Nord (dans sa maison de famille sont organisées des résidences d’écrivains; j’ai bénéficié de deux d’entre elles il y a fort longtemps). J’ai apprécié la prestation de l’écrivain Amandine Dhée qui lut des extraits de ses livres (dont Du bulgom et des hommes; éd. La Contre-allée) magnifiquement accompagnée au violoncelle par Timothée Couteau. Celui-ci me remit son album Les violoncelles seuls, que j’ai failli perdre à deux reprises lors de la soirée (les poches de me pardessus sont trop petites) et que je suis en train d’écouter en tapant la présente chronique. Mais surtout, surtout, j’ai eu le plaisir de retrouver mon bon copain Léon Azatkhanian, directeur de l’AR2L.

    Léon Azathkanian, directeur de l’AR2L. Photo : Philippe Lacoche.

    Nous discutâmes beaucoup. Et lorsque je lui demandais s’il restait une coupe de champagne, il n’en restait plus. Il était fort tard. Était-ce bien du champagne de l’Aisne 90% pinot meunier?

    Dimanche 27 janvier 2019.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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