Pour ne pas oublier Jacques Béal

    Émouvant? C’est peu de le dire. L’hommage rendu, lundi, à la Comédie de Picardie, à mon confrère et ami Jacques Béal, écrivain et ancien grand reporter du Courrier picard, décédé l’automne dernier à l’âge de 71 ans, était à son image: élégant et littéraire. Au programme: des lectures de grande qualité assurée par des élèves du Conservatoire (Fanchon, Isabella et Angélique) de son livre, Anthologie des poètes de la Grande Guerre (éditions Le Cherche-Midi), accompagnées au piano par Jean-Gaspard. La salle du bar était pleine; ses amis s’étaient déplacés nombreux, au côté d’Hélène, l’épouse de Jacques. C’est un talent de savoir lire, bien lire, de savoir savourer la poésie dans ce qu’elle a de plus puissant, de plus universel. De plus émouvant; de plus grave. Ou de plus léger. Jacques possédait ce talent rare. Comme on le dit un peu trivialement: il avait du nez, une bonne oreille, et une grande culture historique. (La biographie, Le

    Au cours de la lecture.
    Les lectrices entourent le pianiste Jean-Gaspard. Sur le mur : un portrait de Jacques Béal.

    clerc, vie et mort d’un croisé – Favre, 1989 – qu’il consacra au si picard maréchal en était la preuve.) Les textes de Paul Eluard, Philippe Soupault, André Salmon, Charles Vildrac, etc., revivaient, portés par les voix convaincantes et très justes des jeunes lectrices; leurs mots s’envolaient dans l’air silencieux comme une banquise, propulsés par des mélodies de Chopin, Mendelssohn, Beethoven et Gershwin. C’était beau, grave; ça dénonçait la guerre, cette guerre absurde qui tue, qui pue, qui tonitrue, qui rend fou, qui rend aveugle et sourd, qui casse les gueules. Jacques était sensible à tout cela; nous en parlions souvent. Jacques eût pu m’accompagner, le lendemain, au théâtre Edward VII, au café Guitry pour la remise du Prix des Hussards. Il eût tellement été content pour moi. Le champagne était un délice. La Marquise, en beauté comme à son habitude, me surveillait gentiment pour m’éviter d’en abuser car, on le sait, le hussard sait être dipsomane. Je fus sage et ne le regrettai point car, ainsi, je profitais des conversations pointues, légères, impertinentes (parfois) et littéraires (toujours) de l’Académicien Frédéric Vitoux, de Patrick Mahé, ancien rédacteur en chef adjoint de Paris Match, de Jean des Cars, de François Cérésa, d’Yves Thréard, de Jean Tulard, de François Jonquères et de quelques autres. J’y retrouvais aussi mes amis Bertrand de Saint Vincent, journaliste au Figaro, Thomas Morales, Jérôme Leroy, Didier Arnaud, de Libération. Avec Éric Nauleau, je parlais, bien sûr, de littérature mais aussi beaucoup de rock’n’roll. (Nous sommes liés par une passion commune: celle que nous vouons à Graham Parker.) Je posais au côté de mes deux mes frères de comptoir du Bar du Midi (BDL dans le roman): Rico, le barman (un tiers de mon personnage Pirate) et Jean-Pierre Ternisien (entièrement Jean-Claude Depard, l’ex-légionnaire, dans le bouquin); ils m’avaient fait le plaisir d’effectuer le déplacement. La Marquise, véritable Louis de Rouvroy, duc de Saint-Simon, en robe sombre, prenait des notes et photographiait. Dès que je le pouvais, je conspuais le Nouveau Roman et ses glaciales effusions. En un mot: rien que du bonheur! Oui, mon ami Jacques Béal eût aimé.

                                             Dimanche 18 mars 2018.

     

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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