Pas de rossignols, pas de rots, sur l’île aux Fagots

       

    De gauche à droite : Jean-Christian Cornette et son épouse; F. Parmentier, président de l’association des Hortillonnages, Jean-Yves Bourgois, Jean-Paul Mulot, Agnès Séverin, et Dominique Fiatte.

    «Dans un monde sans mélancolie, les rossignols se mettraient à roter», disait Emil Cioran. Pour être tout à fait sincère, cette phrase, certes amusante, ne veut pas dire grand-chose. Il est de bon ton de l’aimer car elle est l’œuvre de Cioran. Ce dernier, qui a produit la prose la plus sombre et désespérée de la littérature, était, dit-on, très amusant et joyeux dans le privé. Il y en a qui ont de la chance. Lorsque j’arrivais, par ce samedi soir encore ensoleillé, à l’île aux Fagots, pour assister à l’inauguration de l’opération Art, villes et paysages, je savais fort bien que je n’aurais pas la chance d’entendre les rossignols roter. Mon humeur était aussi sombre que la peau brune des tanches que je voyais buller dans la Somme, le long du chemin de halage. Certes, il faisait doux; certes, j’eusse pu être bien. Mais… Mais il y a toujours un mais dans cette fichue vie. Le souci, c’est qu’il faut bien continuer. Un pas devant l’autre. Donc, j’avançais. Et je me devais d’honorer la gentille invitation de Jean-Paul Mulot, président de l’association des Jardins paysagers des Hauts-de-France et des Hortillonnages qui organise le Festival Arts Ville et paysages. Il y avait du monde sous les frondaisons. Je manquais de peu les discours, saluais le très axonais Xavier Bertrand, Alain Gest, quelques autres élus, puis Gilbert Fillinger, m’avançais vers mon copain Jean-Christian Cornette, directeur général de la Société d’économie mixte Amiens Aménagement (SEM) – que je n’avais pas revu depuis des mois – et son épouse. Nous étions heureux de nous retrouver, de parler du bon vieux temps d’Abbeville, mais aussi de nos parties de pêche réciproques. Le temps passe; c’est affreux. Je fis enfin la connaissance – de visu – de Jean-Paul Mulot qui, après avoir lu l’interview que m’avait accordée son grand ami Philippe Tesson, avait décidé de m’inviter au vernissage. D’emblée, nous sympathisâmes. Le journalisme et la littérature brisent la glace; c’est bien connu. Jean-Paul connaît fort bien ces deux domaines. Il a notamment œuvré au Quotidien de Paris, à Globe et au Figaro. Son autre passion, ce sont les jardins auxquels il a consacré plusieurs ouvrages. D’où ses fonctions au sein de l’association. De littérature, nous parlâmes longtemps; il en fut de même avec Agnès Séverin, charmante attachée de presse. Notre passion pour les Hussards consolida la ferveur de nos discussions qui se prolongèrent à table. À nos côtés, Jean-Christian et son épouse, mais aussi Dominique Fiatte, directeur général des services d’Amiens Métropole, Jean-Yves Bourgois, conseiller régional, conseiller municipal et président de la SEM et quelques membres actifs des hortillonnages. Ensuite, je me mis à rêvasser, à somnoler plutôt, à rêver aux tanches de mon enfance, aux brèmes du canal de Saint-Quentin, à Fargniers, à mon cher département de l’Aisne (que Jean-Paul Mulot et Philippe Tesson aiment tant, eux aussi), et à espérer que j’allais, enfin, entendre roter les rossignols de l’île aux Fagots. Mais je savais très bien que ce soir-là, un de plus, malgré la littérature et les bulles du Laurent Perrier, mon humeur serait toujours aussi noire qu’un conte d’Edgar Poe. (Pour cause de vacances, reprise des Dessous chics le dimanche 23 septembre, jour de l’automne.)

    Dimanche 8 juillet 2018.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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