Patrick Besson et les poupées russes

    Le romancier jubile en racontant trois périodes de l’histoire du communisme. Un régal!

    Un romancier n’est jamais a

    Patrick Besson, avec élégance et légèreté, cerne l’âme slave et le communisme.

    ussi bon, aussi juste que lorsqu’il écrit sur ce qu’il connaît bien. L’histoire de l’ancienne Russie, puis celle de l’URSS, puis celle de la Russie actuelle, Patrick Besson les connaît parfaitement. Ce sont les deux dernières qu’il nous invite à visiter avec des incursions, on s’en doute, dans la première. Il est à l’aise. Il est bon; il est juste. Il jubile. On se régale.

    Profondeur historique et humour

    Il nous invite d’abord à suivre Marc Martouret, fringant et jeune banquier né d’un père communiste français et d’une mère russe antisoviétique. En voyage à Moscou, il tombe amoureux de Tania dont la mère a, étrangement, connu René Martouret, le père de Marc à la faveur de la célébration des cinquante ans de la révolution d’Octobre. Ce n’est pas tout: René était en relation avec Vladimir Dodikov, président de l’Union des écrivains, un ami de Lénine. Et grand-père de Tania. Tout cela permet à Patrick Besson de cerner trois époques: la révolution d’Octobre, la commémoration des cinquante ans de celle-ci (1967) et aujourd’hui ou presque, avec les pérégrinations moscovites de Marc Martouret.

    Comme l’explique l’éditeur en quatrième de couverture, si le titre doit tout à Lénine, la remarquable construction romanesque de Besson, elle, doit tout aux poupées russes. C’est léger comme du Morand, dialogué comme du Vailland (époque Vadim), vif comme du Nimier. Pas une miette de pesanteur pour portraitiser un régime qui, parfois, n’en manquait pas. C’eût pu être gris comme une thèse universitaire ou les murs des maisons d’une banlieue de Moscou; tout au contraire, c’est coloré comme un 45 tours de Bardot maquereauté par Gainsbourg. Du grand art. L’humour de Patrick Besson fait des ravages. Page 69: «(…) dans les pays dits libres, on décourage la lecture par diverses distractions obligatoires comme le sport, la télévision ou le spectacle.» Page 107: «Ces gros volumes de Hegel ou de Marx annotés de la main de Lénine, où sont-ils aujourd’hui? Le KGB aurait dû les rapporter de Paris au lieu de piquer les plans de cet avion supersonique – le Concorde – qui ne volera jamais. Quel intérêt d’être à New York en trois heures? La ville n’aura pas changé de place si on arrive cinq heures plus tard.» Au gré des narrateurs et des personnages, les dissidents en prennent pour leur grade, en particulier Soljenitsyne («le troisième cavalier de l’Apocalypse capitaliste») et Pasternak. On est en droit de ne pas pleurer sur leur sort. Les héroïnes – qu’elles soient ou non du KGB – sont magnifiques, parfois rousses, et sentent bon les parfums de l’Occident ultralibéral. Les formules bessoniennes font mouche et nous transportent: «Lénine était un enfant gâté qui n’a jamais fait d’enfant afin de pouvoir en rester un»; à propos de Cholokhov: «Il buvait déjà beaucoup avant, le prix Nobel de littérature, maintenant il ne fait plus que ça. Rendu célèbre grâce à un fleuve (le Don), lui qui n’absorbe jamais d’eau.» Un roman haletant. Deux cent soixante-huit pages de pur bonheur. PHILIPPE LACOCHE

    Tout le pouvoir aux soviets, Patrick Besson; Stock; 268 p.; 19 €.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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