Pourquoi tant d’automnes ?

    Pourquoi tant d’automnes

    L’automne venait de faire son entrée fracassante par une tempête du feu de Dieu…? Cela tient, bien que l’automne ne soit jamais, pour moi, synonyme de haine. Pourquoi tant d’automnes? Cela tient aussi; en ce qui me concerne, il s’agit de mon soixante-deuxième. Eh oui, lectrice! Je sens bien que tu es déçue. Tu imaginais le marquis des Dessous chics sans âge. Mieux: jeune et fringuant. Trentenaire, tout au plus quadragénaire, fraîchement poudré et sabre au clair, toujours prêt à en découdre – tel Angelo, dans Un hussard sur le toit, de Jean Giono que je suis en train de redécouvrir grâce à un audio livre, dans ma vieille Peugeot 206 qui, en décembre prochain, finira sa vie à la casse pour être remplacée par une Dacia blanche toute neuve, louée en leasing chez Renault Gueudet, à Amiens. À ce propos, quelle ne fut pas ma surprise quand, à peine eus-je mis un pas dans le hall encombré de jolies voitures, qu’une voix amicale et enjouée m’interpelle! Parano, je me méfie. Ne serait-ce pas un mari jaloux qui ruse pour m’attirer et me casser gueule plus facilement? Parano, je me méfie. Ne serait-ce pas un mari jaloux qui ruse pour m’attirer et me casser gueule plus facilement? Alors que j’étais sur le point de me dissimuler dans le coffre d’une Renault Kangoo resté ouvert, un homme souriant arrive vers moi, les bras ouverts.

    –Monsieur le marquis! Vous ici. Est-ce à dire que vous allez abandonner votre Peugeot 206 toute cabossée?

    L’homme, épatant et sympa, se prénomme Stéphane; il fait partie du département commercial des Ets Gueudet. Il est lecteur assidu des Dessous chics.

    –C’est vrai! Vous avez vu juste! fis-je, un sanglot dans la voix. Mais, sous peu, je roulerai dans un carrosse Dacia, tiré par deux chevaux blancs, que je nommerai Gueux et Dé. Un nouveau carrosse, c’est un peu comme une nouvelle conquête; presque une nouvelle vie, répondis-je à Stéphane afin de rester positif. (C’est vrai que, tout au fond de moi-même, j’en avais gros sur la patate.)

    Je me revoyais, un matin d’automne de 2001. Mon ex-femme Féline venait de m’annoncer qu’elle désirait divorcer; je lui laissai la voiture. Il m’en fallait une autre (d’automobile of course!). En compagnie d’un proche, nous arpentâmes les vendeurs d’occasions d’Abbeville. Le proche fondit sur celle-là, ma petite 206 qui, à l’époque, était toute jeune, toute fraîche, toute belle. Déjà si verte. Elle me plut. Nous convolâmes. Elle en a vu de toutes les couleurs; elle a connu toutes mes copines, mes copains. Mes amours et mes écarts d’un soir. Elle, au moins, jamais, ne m’a abandonné. Il y a peu, justement, alors que l’automne venait de faire son entrée fracassante par une tempête du feu de Dieu, ma pauvre 206, à bout de souffle, ne put me véhiculer jusqu’à Lille. Mon copain Patrick Poitevin me prêta donc sa… Dacia blanche. Le monde est petit. Sur l’autoroute du retour, sous une pluie battante et glacée, je repensais aux automnes d’antan. Je me disais que c’était une fichue belle saison, pleine de caractère, de mélancolie humide. Ma Peugeot 206 vivra son dernier automne; elle ne verra pas l’hiver.

                                                        Dimanche 30 septembre 2018

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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