Quarante-sept ans et des poussières de rock

       

    Les Papillons noirs et Lou-Mary en pleine action.
    Photo : Philippe Lacoche.
    Photo : Philippe Lacoche.
    Photo : Philippe Lacoche.
    Photo : Philippe Lacoche.
    Lou s’énerve. Photo : Philippe Lacoche.
    Christophe, bassiste des Papillons noirs. Photo : Philippe Lacoche.

      Guitariste-chanteur et fondateur du groupe les Papillons noirs, Vanfi a eu l’amabilité de m’inviter, il y a peu, à les rejoindre sur scène pour souffler dans mes harmonicas Marine Band (en La et en Do) et à m’adonner à quelques chœurs. Ce genre d’invitation, toujours, me réjouit. Le concert se déroulait au Race Rock Café, à Longueau. C’était la nuit; il faisait froid. J’étais en forme comme un jeune homme. Un vrai bonheur. La salle du restaurant était pleine comme Janis. La bière, fraîche et bonne. Que demander de mieux? J’arrivais légèrement en retard. Lou-Mary chantait déjà, entourée du groupe, reprenant les chansons cultes des sixties et des seventies, comme elle le faisait, il y a quelques années, à bord de notre groupe: les Scopytones. Je baguenaudais autour des tables, saluais de vieilles connaissances. Soudain, Vanfi me fit un signe. Il était temps de sortir mon petit instrument et de monter sur scène. Si mes souvenirs sont bons, le morceau devait être «La fille du Père Noël», de Jacques Dutronc. Je ne suis pas un virtuose, mais j’adore jouer de l’harmonica diatonique. Ce son cuivré me fait vibrer comme une vieille vitre poussiéreuse lors du mur du son. Nous égrenâmes trois ou quatre autres chansons. Je hochais du chapeau tel un roquentin tout en soufflant des riffs improbables. Retrouver la scène à 64 ans, était-ce bien raisonnable? Mais au fond, au diable la raison. Mes souvenirs me titillaient le cerveau. Je me revoyais dans le garage de la maison de mes parents, rue des Pavillons (noirs!), à Tergnier. C’était en 1970. Je devais être en classe de quatrième. Mon copain Patrick Gadroy venait de m’enseigner une dizaine d’accords et des barrés sur ma guitare Crucinalli qui sentait le bois tendre. Il n’en fallait pas plus pour que nous tentions (Jean-Marc Brazier, dit Zézette, batterie; Yves Boucher, chant; Didier Tonnelet, basse) de former un groupe. Nous massacrions des morceaux des Stones et de Shocking Blue avec le secret espoir de nous produire sur scène; ce qui ne se fit jamais. Quelques années plus tard, je retrouvais Zézette à la MJC locale. Mon bon et regretté copain Dadack nous avait rejoints à la basse. Je me souviens que nous répétions «Simple Sisters», une magnifique composition du divin Procol Harum. J’avais fait l’acquisition chez Victor Flore, rue Pigalle, à Paris, d’une Elli Sound, copie de la SG Gibson. Les filles nous regardaient; nos cheveux étaient aussi longs que nos ambitions. Là encore, point de concerts. Les vacances nous séparèrent; les études aussi. Notre groupe explosa en vol comme un pétard mouillé. Mes premiers vrais concerts, je les fis deux ans plus tard. J’étais au lycée Henri-Martin, à Saint-Quentin. J’avais fait la connaissance de Joël Caron, un saxophoniste-flûtiste fou de jazz et bossa-nova. Il recherchait un bassiste et un guitariste pour Koït, le combo qu’il était en train de former. Mon copain Michel Gazi et moi-même fûmes embauchés. Notre premier concert eut pour cadre une grande fête en plein air, à Pont-Sainte-Maxence, dans l’Oise; la vedette invitée n’était autre que Claude François. Je croisais les Clodettes. Mon cœur battait la chamade. Ce n’était pas le parfum enivrant des danseuses qui me procurait de la tachycardie mais bien la trouille de gratter des accords sur mon Ellie Sound devant des dizaines de spectateurs que j’avais peur de décevoir. L’autre soir, au Race Rock Café, je n’avais plus peur. J’avais juste 47 ans de plus…

    Dimanche 8 mars 2020.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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