Rock Errol Flynn ou la danse d’un pirate

    François Cérésa suit à la trace cet acteur capital. «La montre d’Errol Flyn»: un roman savoureux.

    François Cérésa est l’auteur de plus de trente romans. Photo : Philippe Lacoche.

    François Cérésa n’en est pas à son coup d’essai; il a derrière lui une œuvre foisonnante, riche, constituée d’une bonne trentaine de romans. Avec lui, on est plus proche de la fantaisie d’un Marcel Aymé que textes rasoirs du Nouveau roman ou des livres dits sociétaux. On est en droit de s’en réjouir. Dans ce dernier roman, il nous invite à suivre les pérégrinations de Patrick, fan inconditionnel d’Errol Flynn. La première fois qu’il le croise, il a quatre ans. Nous sommes en 1957. Il est juché sur les épaules de son père, à Juan-les-Pins; il contemple les bateaux sur le quai. Soudain, un grand homme en blanc apparaît sur une passerelle. Sa mère le reconnaît. «C’est Errol Flynn!», dit-elle, émerveillée. L’incarnation de Robin des Bois est accompagnée de Bing Crosby et de Gary Cooper. La mère de Patrick, qui tient un petit bouquet de jasmin à la main, s’avance vers l’acteur australien. Elle lui offre le bouquet. Flynn est charmé; la maman, impressionnée, bredouille quelques mots et finit par lui demander s’il a l’heure. Errol éclate de rire, détache la montre qu’il porte à son poignet et la donne à la blonde et jeune femme. «Je n’en ai pas besoin, je ne suis jamais à l’heure», lance-t-il, élégant et superbe.

    «Devenu journaliste,

    il récupérera la fameuse montre, la fera réparer. Elle lui procurera

    bien des plaisirs.»

    L’enfant n’oubliera jamais la scène. Ni Errol Flynn. Devenu journaliste, il récupérera la fameuse montre, la fera réparer. Elle lui procurera bien des plaisirs. mais aussi beaucoup de soucis. En effet, au cours de chacune de ses nuits, il se met à côtoyer l’acteur dans ses aventures en mer, dans ses fêtes, dans ses beuveries, ses excès, ses conquêtes. Ce n’est pas de tout repos. «Lorsque j’ai ouvert les yeux, Marianne était penchée sur moi. Elle me dévisageait d’une mine goguenarde. (…) La Reverso est à mon poignet. Trotteuse arrêtée. En 1936, il n’y avait pas de pile. Tout est confus dans ma tête. Je me suis levé, j’ai enlevé la Reverso et l’ai posée dans son écrin de soie. Une photo d’Errol Flynn était épinglée à la poutre surmontant mon bureau. Robin des Bois souriant, un daim sur les épaules.» Errol se met même à apprécier ce jeune homme; il en fait son ami et son partenaire préféré sur les courts de tennis. Ainsi, Patrick se retrouve dans l’intimité des grandes stars de Hollywood.

    François Cérésa nous donne à lire un roman d’une grande fraîcheur, d’une belle vivacité. Étayé d’une construction imparable (les chapitres de la vie d’Eroll Flynn et de celle de Patrick s’entremêlent et, parfois, ne font plus qu’un), ce livre nous tient en haleine; on ne le lâche pas. Son écriture souple, limpide, à la hussarde, y est pour beaucoup. Son rythme tout autant. L’alcool y coule à flots; les jolies filles pullulent. Pas une seconde d’ennui dans cet opus percutant comme un rock’n’roll de Chuck Berry. Une totalement réussite. PHILIPPE LACOCHE

    La montre d’Errol Flynn, François Cérésa, Ecriture, 240 p.; 18 €.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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