Roger Lentier : seria(l) sensuel

    Le réalisateur Joël Séria nous ravit avec un roman-récit autobiographique et truculent.

    Joêl Séria ici en compagnie de sa charmante épouse, la comédienne Jeanne Goupil. Photo : Philippe Lacoche.

    Joël Séria: un cinéaste culte qui fit quelques films cultes. Parmi ces derniers le célèbre et exquis Les Galettes de Pont-Aven (1975). Une œuvre cocasse et terriblement française. Et comment oublier Mais ne nous délivrez pas du mal (1970), avec l’adorable Jeanne Goupil qu’il épousera un peu plus tard. Il est également écrivain, auteur de cinq livres, dont Sombres fantômes (Le Cherche Midi, 1997). Il nous donne aujourd’hui à lire L’Hôtel des amours faciles. Un récit qu’il a transformé en roman.

    «Ce fou de Guilloteau s’amuse à confectionner de minuscules pancakes au sperme.»

    Son personnage s’appelle Roger Lentier; ce n’est pas rien car ce n’est une moitié de bonhomme. Personnage? Alter ego, plutôt car on sent bien que c’est de lui qu’il parle ici, Séria. Dans Sombres fantômes, il dévoilait son enfance et son adolescence angevine. Dans L’Hôtel des amours faciles, on le retrouve jeune adulte, manière de Rastignac qui débarque à Paris avec la ferme idée de devenir écrivain. Ce n’est pas triste. Les adeptes du Nouveau roman, de la littérature intellectuelle et absconse, du roman à thèse, n’y trouveront pas leur compte. Séria écrit comme il parle. Et comme il parle bien et qu’il est marrant comme tout, jamais on ne s’ennuie. Ce sacré Lentier adore les filles et les femmes; il frémit dès qu’il aperçoit le moindre jupon. Il n’est pas mal de sa personne, bien dégourdi et doté d’un tempérament d’étalon; il reste rarement sur sa faim. «Toujours vêtu de son éternel duffle-coat, Roger Lentier multiplie les rencontres avec des petites mignonnes à croquer, cœur battant et cœur brisé selon les jours, mais jamais trop longtemps», note, non sans malice, le critique cinématographique et écrivain Gérard Lenne, dans la préface. Joël Séria nous balade dans un Paris des années 1950 et 1960. Il a échappé de peu à la guerre d’Algérie. Il erre dans la capitale à la recherche de petits boulots. Il en trouve, certes, mais à chaque fois la galère rôde. Heureusement, il y a les copains et les filles. Il se marre souvent, et nous aussi par la même occasion. Page 20, il raconte comment son copain Guilloteau lui a appris à se masturber du côté de La Baule-sur-Mer. «Un après-midi qu’on était seuls chez lui à ne pas savoir quoi faire, il avait ouvert sa braguette, en avait extirpé un truc tout rouge et pas très long et s’était mis à l’agiter pour me montrer comment faire.» Ils finissent par éjaculer dans une poêle et ce fou de Guilloteau s’amuse à confectionner de minuscules pancakes au sperme. Du lourd, on vous dit. Il y a aussi la mauvaise réputation des belles dames angevines, souvent pétries de foi, qui, selon l’auteur, seraient, abusivement, traitées de «sacs à pines»; il est vrai que ça rime avec Angevines. Bref, avec Joël Séria, on est plus souvent chez Rabelais ou chez San Antonio et très très peu chez Albert Camus ou Claude Simon. On est en droit d’apprécier et de bien rigoler. Un livre sans prétention, réjouissant et vif comme le corps d’une brunette de vingt ans.

    PHILIPPE LACOCHE

    L’Hôtel des amours faciles, Joël Séria; La Thébaïde; 149 p.; 16 €.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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